Le miracle du changement, tant attendu à Cuba après la visite du pape, ne sera pas l’œuvre de Jean-Paul II mais des Cubains eux-mêmes, ont assuré des dissidents et des habitants de La Havane. Qu’auront laissé ces cinq jours de visite papale? Telle est la question que tout le monde se pose dans les rues de la capitale, au lendemain du départ du pape. Les Cubains ont pu suivre et entendre le chef de l’Eglise catholique appeler au respect des droits de l’homme, pour la première fois depuis 39 ans de régime communiste. «Ce serait une erreur si une institution ou une personne, à l’intérieur ou en dehors de Cuba, prétendait faire des paroles du pape une victoire pour les Etats-Unis, pour le gouvernement de Fidel Castro, l’Eglise cubaine ou le Vatican...», déclare Osvaldo Paya, le coordonnateur du Mouvement chrétien de libération (illégal). «Le seul gagnant ici a été le peuple de Cuba, c’est de lui que doit venir le changement», a poursuivi M. Paya. Tout «triomphalisme» ne ferait, selon lui, que porter atteinte aux résultats de la visite de Jean-Paul II. Le pape a d’ailleurs, dans ses messages, insisté sur le fait que les Cubains devaient être eux-mêmes «les protagonistes de leur Histoire». «J’espère que les messages du pape encourageront le gouvernement à lancer un processus de réformes progressives, pour que le pays puisse sortir de la crise, et que la communauté internationale sache de son côté accompagner ces réformes sur la voie de la transition démocratique», a affirmé pour sa part Elizardo Sanchez, président de la Commission des droits de l’homme et de la réconciliation nationale (CCDHRN, illégale). «Il n’y aura pas de miracle, personne ne s’y attendait», a relevé M. Sanchez, le vétéran de la dissidence cubaine. «Le changement sera progressif et nous serons là pour donner notre appui, malgré les différences persistantes avec le gouvernement, dues à la violation des droits civils et politiques», a-t-il ajouté. «La situation économique est très mauvaise, c’est une affaire d’Etat», a estimé un médecin, âgé de 51 ans, qui a préféré garder l’anonymat. «La visite du pape ne l’améliorera pas. Elle peut fortifier la foi du peuple, ainsi que la possibilité d’une ouverture du pays», a-t-il dit comme résigné. «Mais la misère sera toujours là». D’autres se sont montrés plus optimistes. Le seul fait d’avoir été mus par une autre force que le parti, d’avoir pu se rassembler pour une autre cause, suffirait, selon eux, à faire de la visite du pape une réussite. «C’est quelque chose de très grand, je suis très émue et j’ai bon espoir que sa visite nous apportera la prospérité», a dit Maria Luisa Velazquez, âgée de 53 ans, alors qu’elle participait dimanche, avec quelque 500.000 Cubains, à la messe célébrée par Jean-Paul II, Place de la Révolution à La Havane. Fidel Castro, qui avait appelé les Cubains à réserver le plus chaleureux des accueils au souverain pontife, a assisté à la messe célébrée par Jean-Paul II, Place de la Révolution, se montrant attentif et courtois envers le pape. Lors de la cérémonie de départ du pape à l’aéroport international José Marti, Fidel Castro a pourtant affirmé que Cuba venait de recevoir «celui à qui on a voulu attribuer la responsabilité d’avoir détruit le socialisme en Europe». «Ceux qui présageaient des événements apocalyptiques n’auront pas manqué. Certains, même, les auront rêvés», a déclaré le leader communiste avant d’ajouter que «Cuba ne connaissait pas la peur» et «défendait, immuable, ses principes». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le miracle du changement, tant attendu à Cuba après la visite du pape, ne sera pas l’œuvre de Jean-Paul II mais des Cubains eux-mêmes, ont assuré des dissidents et des habitants de La Havane. Qu’auront laissé ces cinq jours de visite papale? Telle est la question que tout le monde se pose dans les rues de la capitale, au lendemain du départ du pape. Les Cubains ont pu suivre et entendre le chef de l’Eglise catholique appeler au respect des droits de l’homme, pour la première fois depuis 39 ans de régime communiste. «Ce serait une erreur si une institution ou une personne, à l’intérieur ou en dehors de Cuba, prétendait faire des paroles du pape une victoire pour les Etats-Unis, pour le gouvernement de Fidel Castro, l’Eglise cubaine ou le Vatican...», déclare Osvaldo Paya, le coordonnateur du Mouvement chrétien...