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Actualités - Chronologie

Lazare : un saint peu catholique

37 Le sanctuaire du Rincon, choisi par le pape pour aller aujourd’hui à la rencontre du «monde de la souffrance», est dédié à San Lazaro, un saint cubain peu catholique. Bien malin qui sait quel saint honorent les Cubains dans ce coin reculé de la banlieue de La Havane: celui de l’Eglise catholique... ou Babalu-Aye, protecteur des malades dans le panthéon afro-cubain. Qu’importe d’ailleurs, car comme l’ a proclamé Mgr Jaime Ortega, le cardinal-archevêque de La Havane, «lorsque le pape viendra, tous seront là: les amis de Jésus et les amis de San Lazaro». Les dévots de San Lazaro accordent à peine un regard au maître-autel consacré au saint officiel: le frère de Marthe et Marie ressuscité par Jésus et qui, devenu ensuite, selon la croyance, évêque de Marseille fut martyrisé un 17 décembre. Les hommages vont tous à la représentation d’un vieillard infirme soutenu par des béquilles et accompagné de chiens. Il s’agit là en quelque sorte d’un saint virtuel puisque ce personnage n’a d’existence que dans la parabole du Christ mettant en scène un misérable mendiant à la porte d’un riche. Chaque année, dans la nuit du 16 décembre au 17 décembre, le sanctuaire du Rincon est le but d’un des plus grands pèlerinages du syncrétisme afro-cubain: un culte nocturne à des années-lumière du Vatican. Durant des heures, sur des kilomètres, des suppliciés volontaires rampent dans la poussière en traînant qui une pierre, qui un tronçon de rail, une croix ou la dépouille sanguinolente d’un animal éviscéré. Des proches éclairent les pénitents à la lueur hésitante des bougies et balaient le chemin pour écarter les gravillons. Entre deux rasades de rhum agrémentées de bouffées d’impressionnants cigares censés éloigner les esprits malins, on encourage du geste et de la voix: «Tu vas y arriver, vas-y, tu l’as promis à San Lazaro…» Aucun cantique ne s’élève de cette procession: seule la rumeur indistincte de la foule rythme la marche. Chaque crise du pays — économique, politique ou militaire — a provoqué un afflux accru d’adeptes de San Lazaro, vénéré par les Cubains comme le plus grand de leurs faiseurs de miracles. En 1991, désespérés par l’effroyable crise économique et politique provoquée par la disparition du camp socialiste est-européen, plusieurs milliers de pèlerins sont allés jusqu’à scander à minuit «Liberté, Liberté», au lieu de la traditionnelle invocation au saint du Rincon. (AFP)
37 Le sanctuaire du Rincon, choisi par le pape pour aller aujourd’hui à la rencontre du «monde de la souffrance», est dédié à San Lazaro, un saint cubain peu catholique. Bien malin qui sait quel saint honorent les Cubains dans ce coin reculé de la banlieue de La Havane: celui de l’Eglise catholique... ou Babalu-Aye, protecteur des malades dans le panthéon afro-cubain. Qu’importe d’ailleurs, car comme l’ a proclamé Mgr Jaime Ortega, le cardinal-archevêque de La Havane, «lorsque le pape viendra, tous seront là: les amis de Jésus et les amis de San Lazaro». Les dévots de San Lazaro accordent à peine un regard au maître-autel consacré au saint officiel: le frère de Marthe et Marie ressuscité par Jésus et qui, devenu ensuite, selon la croyance, évêque de Marseille fut martyrisé un 17 décembre. Les hommages...