La crise financière s’est fait sentir un peu plus mercredi en Indonésie, sanctionnant les doutes et les craintes que font naître l’endettement et l’avenir politique du pays. La roupie a touché un nouveau plus bas record de 12.000 par dollar, contre 9.850 en clôture mardi. Il y a six mois, la devise indonésienne évoluait autour de 2.400 pour un dollar. Les cambistes craignent que le ministre de la Recherche et des Technologies Youssouf Habibie, 61 ans, soit le favori du président Suharto pour la vice-présidence et donc candidat en puissance à sa succession. Les marchés redoutent en outre que les banques et les entreprises indonésiennes aient de plus en plus de difficultés à respecter leurs engagements traduits en dollars. Il ne semble pas toutefois qu’il y ait de l’agitation dans le pays, alors que la semaine dernière avait été émaillée d’incidents épars dus à la hausse des prix et aux craintes d’une pénurie alimentaire. Des informations selon lesquelles les entreprises indonésiennes réglaient leurs dettes-dollar en roupie a poussé les créanciers à plomber la devise indonésienne sans merci. Face à cette situation, le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Stanley Fischer, a affirmé que ce dernier s’attelait à trouver une solution à la dette du pays avec la coopération des autorités gouvernementales. Djakarta a accepté la semaine dernière de prendre des réformes en accéléré en échange d’un renflouement de 43 milliards de dollars dont les modalités ont été arrêtées en octobre 1997. Ces réformes, comprenant l’autonomie de la banque centrale, la suppression de subventions et le démantèlement de monopoles, ont fait l’objet de plusieurs décrets de la présidence entrés en vigueur mercredi. Duo dynamique Les marchés ne s’en sont pas contentés. La dette de l’Indonésie se monte à 140 milliards de dollars, dont 66 milliards de passif privé. Le numéro un du Golkar (parti au pouvoir), Harmoko, a dressé la liste des qualités que devra posséder le futur vice-président. Il doit connaître sur le bout des doigts tout ce qui est science, technologie et industrie. Autant d’éléments qui font de Habibie l’homme idéal de ce point de vue, expliquent les analystes. Le journal proche de l’Etat, Observer, montrait mercredi en une photo de Suharto et Habibie avec la légende suivante: «Le duo dynamique» (Dynamic duo), expression habituellement réservée à Batman et Robin. Suharto, 76 ans, briguera un septième mandat présidentiel quinquennal lors des élections de mars alors que les appels à sa démission, pour gestion désastreuse de la crise, se multiplient. Le dernier en date est celui de 19 chercheurs de l’Institut des Sciences qui, au-delà de la crise économique, pensent que l’Indonésie traverse une «crise de dignité». Cette intervention revêt une importance toute particulière car il atteste d’une dissidence au sein même d’un organisme public, fait extrêmement rare. Le rapprochement est habituel entre Habibie et le constructeur aéronautique national IPTN, exemple même de gestion aberrante, aux dires des économistes. Le programme du FMI prévoit d’ailleurs une suppression pure et simple des subventions publiques à IPTN. Habibie, en tant que civil, n’aura pas le soutien de l’armée. Mais il est très proche de Suharto, un ancien général, lequel l’a pris sous sa coupe dès son adolescence. En tout cas, il n’est pas le candidat des marchés. «Les prémisses de sa candidature montrent que la stabilité sociale est le cadet de ses soucis», observe un analyste. Concentration bancaire Seul bon point de la chute de la roupie: la hausse de plus de 5,0% de la Bourse de Djakarta, à la faveur d’arbitrages sur les valeurs cotées sur place et à l’étranger. Ce n’est pas le seul cas, les hausses de New York (1,54%) et de Tokyo (1,94%) exerçant parfois une certaine influence. Si Séoul a clôturé en baisse de 5,04% et Hong Kong de 1,98%, Taïpeh a progressé de 2,41% et Bangkok affichait un gain de 2,17% à la mi-journée. En revanche, la roupie indonésienne amenait Singapour à chuter de 1,42% à mi-séance, Manille à finir en retrait de 1,05% et Kuala Lumpur à fléchir de 0,23% en milieu de journée. Dans l’intervalle, les banques indonésiennes discutent fusion à tout-va pour tenter d’assainir quelque peu leurs bilans. Ce serait le cas de la Bank Danamon, deuxième banque privée du pays, et de quatre autres établissements, dit-on de source bancaire, ajoutant qu’un communiqué devrait être publié prochainement. L’agence officielle Antara a elle-même rapporté mardi que la Bank Duta, établissement de taille moyenne lié à des fondations présidées par Suharto, pensait fusionner avec la Bank Bukopin. Bank International Indonesia a annoncé dimanche qu’elle fusionnerait avec Bank Dagang Nasional et trois autres établissements pour former le premier établissement bancaire privé du pays. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La crise financière s’est fait sentir un peu plus mercredi en Indonésie, sanctionnant les doutes et les craintes que font naître l’endettement et l’avenir politique du pays. La roupie a touché un nouveau plus bas record de 12.000 par dollar, contre 9.850 en clôture mardi. Il y a six mois, la devise indonésienne évoluait autour de 2.400 pour un dollar. Les cambistes craignent que le ministre de la Recherche et des Technologies Youssouf Habibie, 61 ans, soit le favori du président Suharto pour la vice-présidence et donc candidat en puissance à sa succession. Les marchés redoutent en outre que les banques et les entreprises indonésiennes aient de plus en plus de difficultés à respecter leurs engagements traduits en dollars. Il ne semble pas toutefois qu’il y ait de l’agitation dans le pays, alors que la semaine...