Le film britannique contemporain plonge souvent ses racines dans un monde particulièrement morose où sévit la détresse, qu’elle soit sociale ou individuelle, le plus souvent les deux à la fois. Ken Loach, Mike Leigh, et avant eux Tony Richardson et Lindsay Anderson, ont exploité cette veine. Garry Oldman poursuit l’œuvre sur un ton grave avec «Nil by Mouth», dont l’argument est constitué des méfaits conjugués de la misère et de l’alcoolisme. «My Son the Fanatic», deuxième film du réalisateur britannique d’origine indienne Udayan Prasad, traite avec bonheur d’un sujet sensible: le détournement d’un jeune par des intégristes islamiques et le conflit familial que cela génère. Les deux films avaient été projetés à Cannes, le premier en compétition, le second à la Quinzaine des réalisateurs. Une autre façon d’aborder la misère est d’y instiller une bonne dose d’humour ou d’ironie. Ce fut le cas pour «Trainspotting», de Danny Boyle. Quand l’humour s’accompagne d’un message d’espoir, cela donne «Full Monty», premier long métrage de Peter Cattaneo. Ou comment des chômeurs d’une des nombreuses villes industrielles sinistrées d’Angleterre, en l’occurrence Sheffield, retrouveront une raison de vivre en montant une parodie de Chippendales allant jusqu’au strip-tease intégral (d’où le titre britannique) et avec le sourire. Cette histoire, qui par son contexte et son argument n’est pas sans rappeler «Brass Off» de Mark Herman, est toute en paradoxes. Un conte de fées réaliste Les «héros» sont des déclassés (ce qui est quasiment une marque de fabrique du cinéma ‘british’) et représentent l’antithèse de ceux qu’ils pastichent, y compris et surtout physiquement. Leur dignité, ils la retrouvent en montant un spectacle où l’on n’irait pas la chercher de prime abord. «Certaines situations du film dépassent le simple réalisme. Il fallait donc trouver un style visuel qui apporte une touche de magie pour créer un conte de fées réaliste, non une histoire de fées mais une qui ressort de l’imaginaire populaire», explique Cattaneo. «Il nous fallait pour cela employer parfois des couleurs éclatantes, primaires, et des lieux ayant un style très particulier». Comme la scène où Gaz (Robert Carlyle, révélé par «Riff Raff» de Ken Loach et «Trainspotting») et ses compagnons vont se produire devant 400 spectatrices déchaînées, sur «You Can Leave Your Hat On», chanson popularisée par «Nine Weeks and a Half» film- clip de strip-tease d’Adrian Lyne. Scène finale délicate au possible. «L’idée était qu’il ne fallait pas s’en faire une montagne, il fallait que ce soit une journée de tournage comme une autre sans plus», a dit Cattaneo. «Mais moi j’étais mort de trouille. C’est la scène la plus difficile qu’il m’ait été donné de tourner. Il me fallait gérer 400 figurants, trois caméras, un enfant, la nudité, des gens chargés de la sécurité, diriger au mégaphone». Contexte social L’acteur Carlyle confiait lui qu’il n’y avait pas de «pire cauchemar que de se retrouver nu sur scène». Tout était affaire de synchronicité et de solidarité, symbolisées dans la toute dernière image «où le moment de la nudité est le même» pour les six interprètes/personnages. Combiner l’humour et un contexte social déprimant dans un sujet «est un moyen de traiter du côté sombre de l’existence mais aussi de faire ressortir certaines choses d’une manière qui ne soit pas brutale», estime Cattaneo, dont «Loved», un téléfilm remarqué à Sundance en 1996, a constitué le passeport pour le long métrage. La réalité constitue en elle-même un appoint utile au genre de la comédie. le film s’ouvre sur un documentaire promotionnel à l’époque où Sheffield était une ville de l’acier florissante. «C’était, bien sûr, les autorités qui parlaient, avec un brin de condescendance», a remarqué Cattaneo, jugeant qu’il y avait là, de la part du gouvernement, une mauvaise «plaisanterie» jouée aux gens au vu de la réalité dépeinte vingt ans plus tard par un film «qui n’est pas cependant un pamphlet politique». «Full Monty» a ravi les salles obscures britanniques mais aussi américaines. Cattaneo ne se sent pas pour autant rassuré par ce premier succès. «Ca m’effraye», a-t-il confié, dans la perspective de son second long métrage, qui n’en est même pas pour l’instant au stade de projet. Le cinéma britannique bénéficie de la manne hollywoodienne et, depuis cette année, de l’apport financier de la loterie nationale (près de 93 millions de livres alloués à trois sociétés de production dont Pathé production). Mais l’argent à lui seul ne fait pas le bonheur du cinéaste, selon Cattaneo. «On a maintenant beaucoup d’argent, c’est vrai, mais il y a vraiment une pénurie de bons scénarios», conclut-il. (Reuter)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le film britannique contemporain plonge souvent ses racines dans un monde particulièrement morose où sévit la détresse, qu’elle soit sociale ou individuelle, le plus souvent les deux à la fois. Ken Loach, Mike Leigh, et avant eux Tony Richardson et Lindsay Anderson, ont exploité cette veine. Garry Oldman poursuit l’œuvre sur un ton grave avec «Nil by Mouth», dont l’argument est constitué des méfaits conjugués de la misère et de l’alcoolisme. «My Son the Fanatic», deuxième film du réalisateur britannique d’origine indienne Udayan Prasad, traite avec bonheur d’un sujet sensible: le détournement d’un jeune par des intégristes islamiques et le conflit familial que cela génère. Les deux films avaient été projetés à Cannes, le premier en compétition, le second à la Quinzaine des réalisateurs. Une autre...