La dernière redistribution des cartes au sein du gouvernement russe témoigne de la montée en puissance du premier ministre Viktor Tchernomyrdine et de la volonté de Boris Eltsine d’en faire son dauphin, estime la presse russe. Tchernomyrdine s’est arrogé le contrôle direct des secteurs stratégiques de l’Energie et des Finances, jusque-là aux mains des deux vice-premiers ministres Anatoli Tchoubaïs et Boris Nemtsov, deux réformateurs libéraux appréciés des Occidentaux. Selon le Kremlin, ces changements ont été opérés en accord avec le président dont l’avenir politique demeure incertain, notamment en raison des doutes persistants sur son état de santé. Boris Eltsine a regagné en fin de semaine sa résidence en banlieue de Moscou après douze jours de vacances sur les bords du lac Valdaï, qui ont suivi dix jours de convalescence dans une maison de repos, officiellement pour infection virale pulmonaire. Il devait reprendre le travail lundi à son bureau du Kremlin. Le programme de sa journée reflète ses priorités. Boris Eltsine a tout d’abord eu un entretien avec son premier ministre, puis avec ses deux vice-premiers ministres. Jaloux de son autorité «Le renforcement de Tchernomyrdine est sans précédent. Jamais jusque-là le président n’avait permis à l’un de ses alliés de concentrer autant de pouvoirs entre ses mains», commente le quotidien «Izvestia», ajoutant qu’ainsi, le premier ministre se trouvait presque «à égalité avec le président». A plus de deux ans des prochaines élections présidentielles, Boris Eltsine n’a jamais dit clairement s’il comptait briguer un troisième mandat, et dans le cas contraire, quel serait son dauphin. La constitution russe lui interdit normalement de se représenter une troisième fois, mais certaines failles juridiques pourraient lui permettre de Contourner la difficulté. Le président a toujours jalousement veillé à ne pas trop encourager les ambitions dans son propre camp. Le printemps dernier, il avait parachuté le duo libéral Tchoubaïs-Nemtsov au gouvernement, accordant aux deux hommes d’importants pouvoirs pour mener à bien les réformes économiques. Tchernomyrdine, à la tête du gouvernement depuis 1992, avait alors été contraint de se faire discret. Après la promotion surprise de ces deux réformateurs, beaucoup voyaient en Nemstov le gouverneur populaire mais inexpérimenté de Nijny-Novgorod, le candidat désigné d’Eltsine pour sa succession. Celui-ci n’a jamais confirmé ou infirmé ces rumeurs. Mais, fin 1997, le vent a tourné pour Tchoubaïs et Nemtsov qui ne sont pas parvenus à faire adopter leurs réformes les plus ambitieuses, dont un nouveau code fiscal, par un Parlement hostile. Le président russe leur en a aussi tenu rigueur pour leur querelle avec les milieux financiers. Tchoubaïs a par ailleurs été impliqué dans un scandale pour des honoraires élevés perçus sur un livre à paraître. Prudence Viktor Tchernomyrdine a saisi l’occasion pour regagner les faveurs du président Eltsine. «On a de plus en plus l’impression que Boris Eltsine, qui passe beaucoup de temps en dehors de Moscou, transfère, petit à petit une partie des ses responsabilités au premier ministre», dit le quotidien «Nezavisimaya Gazeta». «Si c’est le cas, la question de l’héritier officiel d’Eltsine peut être considérée comme réglée, ajoute-t-il. En tout cas, Tchernomyrdine, avec les pouvoirs qu’il détient actuellement, ressemble plus à un vice-président qu’à un premier ministre». Pour le moment, Viktor Tchernomyrdine n’a pas fait part d’éventuels projets présidentiels, mais son entourage semble se préparer activement à cette échéance. La prudence reste toutefois de mise dans un pays où la situation politique change fréquemment. Il est en effet impossible de prévoir combien de temps durera la lune de miel entre Eltsine et Tchernomyrdine. Celui-ci, ainsi que Nemtsov, sont encore donnés largement battus dans les sondages par le dirigeant communiste Guennadi Ziouganov. Selon les observateurs, Eltsine pourrait décider de se représenter s’il considère qu’aucun de ses successeurs potentiels ne sera en mesure de l’emporter face au communiste. A cet égard, le résultat des élections législatives de 1999 devrait être déterminant pour Tchernomyrdine. Son parti est actuellement la deuxième formation à la Douma, après les communistes. (Reuters)
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