La Banque du Japon (BoJ) fait sa révolution et tient vendredi la première réunion de son Conseil de politique monétaire (CPM), goûtant avec quelques semaines d’avance l’autonomie toute neuve que lui confère la réforme de son statut votée l’an dernier par le Parlement. Comme ses homologues des banques centrales occidentales, le CPM de la Banque du Japon a seule autorité pour déterminer la politique monétaire de l’archipel: fixation du niveau des taux d’intérêt, gestion du marché monétaire, détermination du montant des réserves obligatoires des banques... Bien que la réforme n’entre officiellement en vigueur que le 1er avril, la banque centrale a décidé d’en appliquer par avance certaines dispositions. L’événement est historique — le statut de la Banque du Japon n’avait pas été touché depuis un demi-siècle — mais ne suscite qu’un intérêt poli. L’instance politique de la Banque de France indépendante avait été installée après des discussions passionnées. Chaque réunion du conseil central de la Bundesbank allemande suscite son flot de prédictions. Mais rien de tel pour l’inauguration de leur homologue japonaise: «Je ne l’ai pas même portée à mon agenda», concède Cameron Umetsu, chef économiste chez UBS Securities. «La Banque du Japon est victime des circonstances: elle n’a pas d’autre choix que de maintenir ses taux là où ils sont», souligne M. Umetsu. elle ne peut guère abaisser encore un taux d’escompte déjà fixé au niveau historiquement bas de 0,50% depuis plus de deux ans. Quant à un resserrement, «ce mot ne figurera pas à son vocabulaire pour au moins encore un an», en raison de la récente dégradation de la situation économique, relève l’économiste. Donner son indépendance à une banque centrale est généralement un signe donné par un pays de l’importance qu’il donne à la maîtrise de l’inflation. Mais, là encore, il n’y a guère d’enjeu au Japon. Dans ce domaine, la Banque du Japon a fait largement aussi bien que ses homologues suisse ou allemande, alors que son degré d’inféodation au pouvoir politique était jusqu’ici le plus élevé de tous les pays développés (à l’exception de la Norvège), selon une publication déjà ancienne de la Banque mondiale. «Dans un tel environnement de zéro croissance et de zéro inflation, il n’y a guère de place pour le débat», ajoute l’économiste d’UBS Securities. Le CPM de la Banque du Japon est composé du gouverneur de la banque centrale Yasuo Matsushita et de ses deux adjoints (dont un reste à nommer), ainsi que de six personnalités qualifiées. Un représentant du gouvernement assistera aux réunions, sans avoir toutefois de droit de vote. Pour l’immédiat, seules trois personnalités qualifiées ont été désignées: deux d’entre elles ont fait l’essentiel de leur carrière professionnelle dans la haute fonction publique (comme d’ailleurs M. Matsushita), ce qui suscite des doutes sur l’indépendance véritable de la vénérable institution. «La Banque du Japon conserve des liens étroits avec le ministère des Finances. Les orientations de la politique monétaire sont déterminées par le ministère du Japon, avant que la Banque du Japon n’intervienne», relève Kiyoshi Kimura, chef économiste chez Société Générale Securities. Le CPM se réunira deux fois par mois, en principe vers le 10 et le 25 du mois. La banque centrale a déjà diffusé le calendrier des réunions pour les six mois à venir. Le résultat des délibérations sera aussitôt communiqué. Deux jours ouvrés après le premier CPM du mois, la Banque du Japon publiera un rapport économique mensuel, qui viendra se substituer à deux publications existantes. Un résumé des discussions sera diffusé environ un mois plus tard. Une version intégrale sera publiée plus tard, dans un délai qu’il appartiendra au CPM de déterminer. (AFP)
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