Le président Suharto a avalé la pilule amère du FMI et a signé jeudi, devant les caméras de la télévision indonésienne, un programme de réformes massives de l’économie du pays incluant des mesures jusqu’à présent farouchement combattues. Le programme sonne ainsi le glas de la «voiture nationale», dont le premier bénéficiaire était l’un de ses fils, met un terme au financement de l’avion de transport commercial à réaction et étend le contrôle budgétaire à des fonds dont l’usage était jusqu’à présent à sa simple discrétion. Tous les projets d’infrastructure, dans leur ensemble contrôlés par sa famille, ses proches ou ses amis politiques, sont également suspendus à l’exception de ceux «d’importance vitale pour le pays». L’ensemble de la population de ce pays de plus de 200 millions d’habitants sera également touché par les mesures d’austérité, telles que la fin des subventions des carburants et de l’électricité. L’ensemble des mesures se traduit par l’élaboration d’un nouveau budget, en déficit probable, qui prévoit une croissance zéro, un taux d’inflation à 20% et une roupie à 5.000 pour un dollar. «C’est bien. C’est un pas dans la bonne direction mais ce n’est peut-être pas suffisant», a déclaré à l’AFP un diplomate d’un grand pays européen. «Le FMI voulait un excédent budgétaire de 1%. Un déficit est annoncé, comment sera-t-il financé?», s’est interrogé ce diplomate chargé du dossier des questions macroéconomiques indonésiennes. Le président Suharto avait présenté mardi dernier au Parlement un budget prévoyant un accroissement de 4%, une inflation de l’ordre de 9 et une roupie à 4.000. Jugé irréaliste et contraire aux engagements passés, le texte avait effacé le début de confiance dans l’Indonésie apparu après l’annonce en octobre dernier de la mise au point par le FMI d’un programme de réformes appuyé par plus de 40 milliards de dollars. En 48 heures, la roupie s’effondrait passant en dessous de 11.000 pour 1 dollar, soit moins du quart de sa valeur au début de la crise en juillet dernier ce qui écartait toute éventualité que l’Indonésie puisse un jour rembourser sa dette, officiellement 133 milliards de dollars dont 65% contractés par le secteur privé et dus avant la fin de l’année. La crise économique touchait pour la première fois la population en proie à de multiples rumeurs dont celles d’un coup d’Etat militaire. Et les magasins étaient dévalisés par les Indonésiens anxieux de constituer des stocks et de se débarrasser de leurs roupies. Les menaces de déstabilisation sociale et politique comme le risque de la mise en banqueroute de l’Indonésie, avec la possibilité de conséquences dramatiques sur les économies de la région déjà chancelantes, mobilisaient la communauté internationale. Emmenés par les Etats-Unis qui dépêchaient des émissaires de haut rang à Jakarta, l’Europe, le Japon, tous les pays du G7 et même les voisins de l’Indonésie martelaient au président Suharto leur soutien et la nécessité pour Jakarta de tenir les engagements passés. Le clou a été rivé jeudi matin par Michel Camdessus, le directeur du Fonds monétaire international, qui a consacré les dernières heures de la nuit de mercredi à jeudi à mettre lui-même la main aux dernières retouches du texte. «Il est rare qu’un chef d’Etat signe un tel document» a-t-il remarqué durant la cérémonie retransmise en direct à la télévision. «Cela montre, a-t-il ajouté, que le président Suharto donne au programme de réformes le plus fort des appuis possibles». Et devant les caméras, le président Suharto, 76 ans, que les rumeurs donnaient malade et affaibli, est apparu souriant, décontracté. Après son allocution, il a même accepté, ce qui est rarissime, de répondre aux questions des journalistes en profitant même pour plaisanter. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président Suharto a avalé la pilule amère du FMI et a signé jeudi, devant les caméras de la télévision indonésienne, un programme de réformes massives de l’économie du pays incluant des mesures jusqu’à présent farouchement combattues. Le programme sonne ainsi le glas de la «voiture nationale», dont le premier bénéficiaire était l’un de ses fils, met un terme au financement de l’avion de transport commercial à réaction et étend le contrôle budgétaire à des fonds dont l’usage était jusqu’à présent à sa simple discrétion. Tous les projets d’infrastructure, dans leur ensemble contrôlés par sa famille, ses proches ou ses amis politiques, sont également suspendus à l’exception de ceux «d’importance vitale pour le pays». L’ensemble de la population de ce pays de plus de 200 millions...