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Actualités - Opinion

Carnet de route Métissage culturel...

Qui suis-je, que suis-je, quoi suis-je pour passer une semaine à faire le tour d’un mot, en vérifier l’orthographe syriaque, réunir des éléments contradictoires (mon Dieu, cette traduction arabe de la Bible où Jésus ne signifie pas Jésus mais Josué, ce qui ne m’arrangeait pas du tout, mais tout est rentré dans l’ordre via les phonèmes indiscutables des langues sémitiques...)? Je disais donc, qui suis-je pour me permettre de déranger des universitaires de haut rang autour du mot «mazraa» afin de justifier un jeu de mots vulgaire qui eût été «Au Liban, même Jésus détient une «mazraa»» (1) (non bilingues ne pas chercher à comprendre). Oui, de quoi je me mêle qui risque de me mettre à dos le clergé, ou, quand j’attaque un ministre, de m’en faire un ennemi, et si je parlais des horoscopes de Maggy Farah, m’aliéner une vedette nationale? Moi qui suis revenue au pays natal parce que je voulais la «sétra» (intraduisible), quelles sont ces pulsions qui me portent à m’indigner de toutes parts, moi qui ai toujours navigué entre le statut d’autodidacte et la culture de sana (vous savez, celle des malades que la tuberculose maintenait dans une quelconque montagne magique et auxquels lire n’était pas interdit), cette culture particulière qui fait que Roland Barthes ou Michel Tournier, malgré ce qu’ils glanèrent à l’université, ont une tonalité commune, un je ne sais quoi (à moi Jankelevitch!) qui les distingue des sans sana, mais cessons, sinon on sera tenté de fonder des clubs. Je disais donc, moi qui n’ai aucune habilitation pour juger, décréter, louer ou condamner, de quoi je me mêle? Je me mêle peut-être, au même titre que des ministres comme Walid Joumblatt, des historiens comme Ahmed Beydoun, des citoyens comme Nassib Lahoud et bien d’autres, de tenter modestement de sauver les meubles, d’examiner si nos ethnies et notre culture (remontant à 1860 ou 1920), notre histoire politique en somme, le peu d’unité dont nous avons fait preuve un temps, se prêtent ou non à une quelconque persistance. * * * Ceci dit, que personne ne hurle, la qualité de vie est meilleure au Liban qu’en Europe. Et le recul qui s’y prend par rapport aux affaires du monde favorise la lucidité. Si, au lieu de me trouver en France, j’étais installée à Tabaris ou Nabatiyeh quand Michel Rocard, plus premier ministre que jamais, avait déclaré (à propos d’immigration): «On ne peut pas porter toute la misère du monde», je ne me serais peut-être pas interrogée pendant des jours sur le cheminement qui avait mené le fondateur du PSU, avec son idéalisme des débuts, à dire tout à trac une vérité d’évidence où seules les âmes sensibles de la gauche trouvèrent matière à tourment. A l’inverse, au lieu du choc salutaire que m’avait procuré la lecture du «Sanglot de l’homme blanc» de Pascal Bruckner dans un TGV, l’aurais-je abhorré, vivant ici, au nom d’une idéologie tiers-mondiste qui fait sûrement partie de celles que nous refuse le recteur de l’Université Saint-Joseph? Le Liban comme observatoire? Richesse de la vision: un illettré, un millionnaire (dollars), un mélomane, un escroc, un restaurant tout riche tout pur, tout tentures, la bicoque d’un mafieux de la drogue. L’atout d’une jeunesse qui brille d’intelligence, l’incommensurable bêtise d’une bourgeoisie d’argent et d’affaires, qui, si elle ne prend plus tout à fait Le Pirée pour un homme, ni le hommes pour des esclaves, ne cesse d’accoucher, par une mimesis mal conduite, de précieuses ridicules et de femmes savantes, sans arriver à la cheville des madames Verdurin qu’elles pourraient être, cette Verdurin qui, dans son irrésistible ascension, manifestait autant d’intelligence que d’ambition sociale, se servant de l’aisance matérielle de son mari et de son discernement pour attirer chez elle des Guermantes, des Bergotte et le narrateur lui-même. Mais je m’égare dans l’anecdote. * * * Ce n’étaient que des impressions. Amal NACCACHE (1) Le village de «Mazraat Yachou’h».
Qui suis-je, que suis-je, quoi suis-je pour passer une semaine à faire le tour d’un mot, en vérifier l’orthographe syriaque, réunir des éléments contradictoires (mon Dieu, cette traduction arabe de la Bible où Jésus ne signifie pas Jésus mais Josué, ce qui ne m’arrangeait pas du tout, mais tout est rentré dans l’ordre via les phonèmes indiscutables des langues sémitiques...)? Je disais donc, qui suis-je pour me permettre de déranger des universitaires de haut rang autour du mot «mazraa» afin de justifier un jeu de mots vulgaire qui eût été «Au Liban, même Jésus détient une «mazraa»» (1) (non bilingues ne pas chercher à comprendre). Oui, de quoi je me mêle qui risque de me mettre à dos le clergé, ou, quand j’attaque un ministre, de m’en faire un ennemi, et si je parlais des horoscopes de Maggy...