En ce début d’année, nous assistons à l’écroulement d’un pan entier de l’économie mondiale. En fait, il est maintenant certain que les déboires sur les places asiatiques vont entacher fortement les résultats, pour 98, des bourses qu’elles soient à New York, Paris ou Londres. Se pose alors la question de la valeur des marchés émergents, nettement fuits, ces dernières semaines, par les capitaux des institutionnels du marché. Sans vouloir prétendre à des prédictions pour 1998, «L’Orient-Le Jour» a interrogé quelques spécialistes de la place de Beyrouth, afin d’essayer de situer cette microplace financière au milieu de la tourmente. Les transactions financières à travers le monde et au quotidien représentent environ 5.000 milliards de dollars. Cette masse phénoménale, contrôlée par à peine quelques centaines d’opérateurs dans le monde, est en fait composée de deux flux financiers: le premier est l’illustration des transactions commerciales; il est l’équivalent d’environ 5% du total des transactions opérées. Le solde forme ce que les professionnels appellent eux-mêmes la bulle. Cet extraordinaire marché scriptural, presque virtuel, tend pourtant à orienter le monde dans ses options économiques, voire politiques. A Beyrouth, les responsables de la Banque Centrale, de concert avec les professionnels, s’accordent à admettre que l’écroulement de certains marchés asiatiques émergents ne peut avoir que des effets indirectement négatifs sur les investissements à Beyrouth. En fait, la place financière de Beyrouth, dans l’attente de devenir la place régionale que tous attendent, n’est en réalité que microscopique, eu égard même à la taille d’une bourse telle Milan, Genève ou voire beaucoup plus proche géographiquement. Qu’en est-il alors lorsqu’il faut la comparer avec les maitres-places telles New York, Paris ou Londres? Ainsi, les investisseurs institutionnels qui représentent les gros acteurs de la «bulle» et qui influent réellement sur les places lorsqu’ils y investissent, ne peuvent avoir qu’une politique globale et non, du moins à la base, de détail. Les stratégies, décidées à coup de dizaines de milliards de dollars, ne peuvent concerner spécifiquement telle ou telle petite place financière. En d’autres termes, un institutionnel décide par exemple de mettre ou non l’accent sur des placements dans l’ensemble des pays émergents ou de se retirer; ce qui est en train sensiblement de s’opérer actuellement. Dans ce sens, la décision d’investir ou non au Liban est fatalement altérée partiellement. Partiellement, puisqu’au pendant de ces gros opérateurs, les Libanais ont jusqu’à maintenant placé du papier libanais sur les marchés internationaux, à dose homéopathique, mais efficace (Crédit Libanais, Audi, Fransabank etc). Pour l’instant, ce papier reste bien noté et les quelques miettes investies par ce biais au Liban représentent aujourd’hui un oxygène de liquidités non négligeable. Ce sont, en réalité, surtout ces certificats de dépôts qui font le gros du marché financier de Beyrouth, hélas encore à l’extérieur de la Bourse. Les bons du trésor libanais sont encore parmi les meilleurs placements en ce début 98, même si les placements de non-résidents représentent dangereusement quelque 16% des dépôts. La Bourse de Beyrouth Dans tout ce contexte boursier international quelque peu agité et passablement dépressif, la Bourse de Beyrouth semble être plutôt stable en ce début de campagne. Bien qu’encore embryonnaire, son activité croît de mois en mois et pourrait même connaître une deuxième jeunesse au cours du premier trimestre 98. La particularité de cette corbeille n’est pas à l’instar de certaines places émergentes, de contenir des valeurs au calibre franchement international. En fait, là comme ailleurs, le marché est atypique et son activité ressemble plus à celle d’un club de gentlemen anglais (version multimédia) qu’à une bourse à proprement parler. Est-ce la disparité entre les valeurs qui y sont cotées ou l’esprit même avec lequel les Libanais considèrent encore la «Boursa», proche d’un casino? Les Libanais réellement opérants représentent quelques 60 fortunes (entendre par là être capable de faire circuler instantanément, au minium 2 millions de dollars) à vaquer de valeur en valeur au gré uniquement de l’air du temps, voire d’une certaine mode, en faisant certainement cas beaucoup plus des conversations de salon que d’une véritable analyse des valeurs choisies. La dernière née: les certificats de dépôts à émettre par la «BLOM» qui ont été déjà négociés pour un volume de quelque 500 millions de dollars avant la souscription prévue le 22 courant et qui seront gérés au Luxembourg pour un prix de départ entre 33 et 34$. Toujours au premier trimestre 98, devraient être cotées les actions d’une société commerciale: la «RIMCO» qui distribue les voitures Nissan; ici, la baisse sensible du Yen pourrait jouer positivement sur les bénéfices de cette société. La banque «Byblos», après des lenteurs administratives, pourrait rejoindre la corbeille de Beyrouth en ce début d’année et venir rejoindre les «belles valeurs» de la Corbeille. Voilà pour les classiques annoncés par M. Jean Riachi, président de «FFA Liban». Plus sophistiquées, les actions d’une très importante compagnie foncière devraient être placées avant le 31 mars 98. Cette société, gérée par M. Farid Raphaël et dont l’un des actionnaires serait «Fidus», pourrait proposer de nouveaux produits selon M. Nabil Aoun, membre du conseil de la BOB, qui nous a aussi, dans le même esprit, annoncé la cotation d’un holding financier faisant intervenir les fleurons de l’investissement au Liban et en Angleterre. Concernant les actions déjà cotées, «Solidere» semble toujours souffrir de sa sur capitalisation par rapport au marché local et régional et ce malgré les efforts de la compagnie pour placer du papier «Solidere» à l’extérieur et auprès des non-Arabes. Rapport mitigé, selon les différents experts, quant aux résultats annoncés par «Solidere» avec quelque 78 millions de dollars de bénéfices contre 100 millions promis; mais ceux-ci représenteraient tout de même un augmentation du profit de 50% par rapport à l’exercice précédent. Selon M. Riachi, les bancaires ont encore des ressources qui devraient s’exprimer en fonction de leur capacité à se développer avec profit. Pour lui, la «blue ship» reste l’action «Audi», manifestement reconnue par tous comme le placement «bon père de famille». Toutefois les autres bancaires ne sont pas à négliger comme le souligne M. Nabil Aoun, même si elles ont peut-être atteint une cote déjà honorable. Par contre, déception de part et d’autre à propos de l’action du «Casino du Liban» qui n’est d’ailleurs toujours pas cotée officiellement, mais qui a fait l’objet de transactions importantes ces derniers mois. En effet, les opérateurs sur le marché estiment que la direction de l’établissement ne porte peut-être pas suffisamment d’attention à l’actionnariat. La distribution de dividendes pourrait même souffrir d’une gestion discutable. Quoi qu’il en soit, la valeur de l’action «Casino du Liban» est toujours stable à 270$. Un dernier mot sur les cimenteries qui ont connu globalement des jours meilleurs lors des marchés de gré à gré qui reflètent à travers leurs investissements massifs, beaucoup de l’état de l’économie libanaise: une économie enthousiaste, mais qui se cherche encore. La stabilité est donc globalement de mise sur la place de Beyrouth avec une note plutôt optimiste et empreinte d’une règle du jeu, pour le coup typiquement libanaise: résolument constructive. La place de Beyrouth sera donc certainement en 98 un îlot au milieu des tempêtes internationales, sinon protégée, pour le moins telle sous un microclimat. Gérard de HAUTEVILLE
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