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Actualités - Chronologie

Les bédouins d'Israël en lutte pour leurs terres ancestrales

«Notre village existe ici depuis des générations, depuis bien avant la création d’Israël», affirme cheikh Jaber Abou Kaff devant le cimetière surplombant le campement de sa tribu bédouine. «Et aujourd’hui, ils nous accusent de prendre leurs terres?» Le dirigeant tribal s’étrangle d’indignation. Le clan des Abou Kaff, comme beaucoup d’autres tribus arabes du désert du Néguev, dans le sud d’Israël, est accusé par le gouvernement de squatter sans autorisation des terres publiques. «Nous n’occupons pas les terres de l’Etat. C’est l’Etat qui occupe nos terres. Nous sommes restés trop longtemps silencieux», déclare cheikh Jaber. Abou Kaff, où habitent 3.500 membres de la tribu du même nom, est un ensemble disparate de baraques en tôle ondulée, sur le bord de la route principale conduisant de la ville israélienne de Beersheba vers le nord. C’est l’un des 36 villages du désert du Néguev qu’Israël veut démanteler pour transférer les habitants vers sept localités bédouines qui sont officiellement reconnues par l’Etat comme des municipalités. Les bédouins dénoncent ce projet, y voyant une nouvelle tentative de les expulser de leurs terres ancestrales pour faire de la place aux communautés juives. Le mois dernier, le ministre de l’Agriculture Raphaël Eytan a demandé au gouvernement de Benjamin Netanyahu «d’étrangler sans compromis» les bédouins qui, selon lui, squattent de larges terres publiques. M. Eytan a averti que les 85.000 bédouins du Néguev réagiraient sans doute violemment et que les forces de sécurité devaient se tenir prêtes à éradiquer toute résistance. Un rapport des services de sécurité israéliens, dont la presse s’est fait l’écho, a prévenu également que les bédouins constituaient «une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment». Selon ce rapport, les bédouins optent de plus en plus pour «le radicalisme islamiste» et «les activités criminelles». Cheikh Jaber n’y voit qu’une grossière propagande du gouvernement destinée à préparer le terrain à une campagne de transfert des populations bédouines. «Ils veulent nous présenter comme des extrémistes pour justifier leur répression», dit-il. «Nous sommes des citoyens israéliens et nous respectons la loi israélienne. Mais eux ne nous respectent pas. Israël fait preuve d’un racisme total vis-à-vis des bédouins. Ils veulent nous confiner sur quelques lopins de terre afin que les juifs puissent construire où ils veulent», accuse-t-il. Des habitants préviennent qu’ils ne resteront pas les bras croisés si le gouvernement cherchait à les expulser de force. «La confrontation est constante. Nous ne partirons pas», affirme Nayef Abou Kaff en poussant devant lui son troupeau de moutons. Il y a cinq mois, de violents incidents ont éclaté quand la police est venue détruire une maison du village. Les policiers ont ouvert le feu et blessé deux jeunes, dont l’un à la tête. «Il n’y a pas un seul habitant qui n’ait pas eu sa maison détruite par les Israéliens. Nous reconstruisons», affirme Nayef. Lors de la fondation d’Israël en 1948, l’ensemble du désert du Néguev a été déclaré «terres d’Etat». Des milliers de bédouins ont été transférés dans les sept municipalités reconnues. Néanmoins, 36 autres localités ont subsisté. Depuis un demi-siècle, l’Etat refuse de les approvisionner en électricité, en eau courante ou même de construire des routes d’accès. Il est interdit d’y construire, explique Taleb al-Sanaa, un député bédouin au Parlement israélien. Les 3.000 habitants d’Abou Kaff vivent tous sur un tuyau d’eau de 2 cm de diamètre qu’ils ont branché illégalement sur un aqueduc voisin. Quelques générateurs fournissent un peu d’électricité. L’élevage traditionnel du bétail devenant de plus en plus difficile, beaucoup d’habitants d’Abou Kaff travaillent comme ouvriers dans les villes israéliennes voisines. Mais d’autres ont des moyens de subsistance plus douteux. «J’ai volé des voitures. Que pourrais-je faire d’autre? Je n’ai pas de travail et j’ai six enfants à nourrir», affirme Souleiman Abou Kaff, 29 ans. (AFP)
«Notre village existe ici depuis des générations, depuis bien avant la création d’Israël», affirme cheikh Jaber Abou Kaff devant le cimetière surplombant le campement de sa tribu bédouine. «Et aujourd’hui, ils nous accusent de prendre leurs terres?» Le dirigeant tribal s’étrangle d’indignation. Le clan des Abou Kaff, comme beaucoup d’autres tribus arabes du désert du Néguev, dans le sud d’Israël, est accusé par le gouvernement de squatter sans autorisation des terres publiques. «Nous n’occupons pas les terres de l’Etat. C’est l’Etat qui occupe nos terres. Nous sommes restés trop longtemps silencieux», déclare cheikh Jaber. Abou Kaff, où habitent 3.500 membres de la tribu du même nom, est un ensemble disparate de baraques en tôle ondulée, sur le bord de la route principale conduisant de la ville...