Tarbouches, capelines et fanfreluches: les feuilletons télévisés du Ramadan ont un parfum de nostalgie monarchique en Egypte et beaucoup se déroulent dans l’Alexandrie cosmopolite d’avant la révolution nassérienne. La plupart des huit séries présentées par les deux principales chaînes entre le coucher et le lever du soleil se déroulent dans l’Egypte de la première moitié du siècle, du temps de la monarchie et de la lutte nationaliste contre les Britanniques et avant le changement décisif de la création d’Israël en 1948. La presse se gausse de ces «feuilletons des tarbouches», dont plusieurs ont pour cadre l’Alexandrie d’avant la prise du pouvoir par Gamal Abdel Nasser et la fin de la monarchie en 1952. Le ministre de l’Information Safouat al-Chérif, dont dépend la télévision d’Etat, s’est même vu affublé de ce couvre-chef dans une caricature. L’auteur de «Zizinia» (nom d’un quartier chic d’Alexandrie), Oussama Anouar Okacha, juge «nécessaire de jeter la lumière sur cette époque, surtout que la révolution de 1952 a nié et condamné tout ce qui l’a précédée». Il reconnaît que cette «dose intensive» de tarbouches est due à «une mauvaise coordination» mais plaide que «les Américains ne possèdent pas 1% de notre glorieuse Histoire et ils ont produit des centaines de westerns». «Les événements historiques doivent être exploités pour comprendre le présent», estime Yousri al-Guindi, l’auteur de «Gomhouriat Zefta» («La République de Zefta», un village du Delta qui avait fait sécession en 1919 pour protester contre l’occupation britannique). Liberté d’expression Pour Mona Nour Eddine, auteur des «Dames de Garden-City», il s’agit de «répondre à la destruction des traditions, à la violence et à la drogue qui menacent nos jeunes. Ceux-ci ignorent nos chefs et leur rôle dans l’histoire». Selon elle, cette floraison de tarbouches prouve en outre la liberté d’expression des scénaristes «sur des périodes de notre histoire durant lesquelles ils ne pouvaient s’exprimer de façon objective». Autant de bonnes intentions qui ont parfois du mal à franchir le petit écran. Souvent les mêmes acteurs jouent dans plusieurs feuilletons à quelques minutes d’intervalle et certains n’ont pas vraiment l’âge de leur rôle. L’actrice quinquagénaire Fardous Abdel Hamid incarne selon les séries une mère de famille ou une vierge de 16 ans dont le Roméo, supposé avoir 25 ou 30 ans, a d’ailleurs les traits d’un acteur sexagénaire, Ezzat el-Alaïli. Détails vestimentaires anachroniques, décors approximatifs et invraisemblances du scénario se liguent pour mettre à mal la véracité historique. Ainsi, dans une série située durant la Seconde Guerre mondiale, un pacha rentre paisiblement de vacances passées... en Europe. Pour bien donner le ton de l’époque, les femmes portent capelines et voilettes jusque dans leur chambre à coucher. Chez les hommes, tout dépend de la nationalité: tarbouche rouge pour les Egyptiens, chapeau tyrolien pour les Italiens, béret basque pour les Grecs — mais casquette à la Sherlock Holmes pour ceux qui collaborent avec les Britanniques — et toque cosaque d’un demi -mètre de haut pour les soldats turcs. Alors même qu’il s’agit de célébrer l’intégration des communautés étrangères dans l’Egypte d’avant Nasser, la xénophobie pointe lorsqu’une dame affirme, péremptoire: «Les Grecs ont toujours aimé l’Egypte. Ils ne sont pas comme les Arméniens et les juifs». (AFP)
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