Les livres bilingues français-arabe sont assez rares dans l’édition parisienne pour retenir l’attention, et tous ceux qui s’attardent aux vitrines des librairies ne manquent pas de tomber en arrêt devant la couverture cartonnée de «Kalila et Dimna», ornée d’exquises miniatures syriennes du 12e siècle. (Une publication Ipomée-Albin Michel bénéficiant du soutien de l’IMA). Cet album dont la double pagination en Français et en arabe prend l’allure d’un chassé-croisé de chiffres, sa lecture pouvant se faire dans les deux sens, est illustré d’une douzaine d’autres miniatures ainsi que de culs-de-lampe tirés du même manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale, mais aussi de calligraphies contemporaines de Ghani Alani, le plus illustre représentant de l’école de Bagdad. Conçu comme un bel objet, il est à mettre entre les mains de tous les jeunes adolescents qu’il incitera sans doute à chercher loin dans le passé les sources de La Fontaine. Lequel n’avait pas dissimulé sa dette à l’égard d’Ibn al-Muqaffah, l’auteur de «Kalila et Dimna». Neuf de ses fables, dans la traduction de l’arabisant André Miguel parue chez klincksieck en 1957, figurent dans ce volume préfacé par Leïla Benouniche qui s’efforce de faire la lumière sur leur origine. Adaptations et transpositions Au commencement était l’immémoriale sagesse de l’Inde et ses apologues compilés vers le 3e siècle par le brahmane Bidpay. Les radjas faisaient grand usage des histoires des deux renards Karataka et Damanaka où ils puisaient leurs règles de conduite, et bien des princes leur durent le meilleur de leur éducation. La réputation de ces fables à la morale souvent cruelle était si grande qu’au 6e siècle, le roi sassanide Chosroès dépêcha son ministre Burzoé sur leur trace. Plus tard encore, au 8e siècle, le calife abbasside al-Mansur, fondateur de Bagdad, chargea son secrétaire d’origine persane de lui en fournir une traduction. Ce dernier n’était autre que notre Abdallah Ibn al-Muqaffah qui, en libre adaptateur, allait rebaptiser Kalila et Dimna les dénommés Karataka et Damanaka. Les deux goupils continueront au fil des siècles leur petit jeu du furet. Ainsi les retrouve-t-on à séville où Alphonse X le Sage, qui venait de jeter les bases du castillan, commande en 1251 une version des apologues d’Ibn al-Muqaffah dans cette langue. Au 14e siècle, Raymond de Béziers la transpose en latin à l’intention de Philippe le Bel. Les fabliaux du Moyen Age, et bien entendu le satirique Roman de Renart, sont peuplés d’animaux en qui l’on reconnaît les descendants de Kalila et Dimna, mais n’est-il pas également possible de retrouver l’influence des fables venues d’Orient dans le ton et la construction du «Décaméron» de Boccace?
Les livres bilingues français-arabe sont assez rares dans l’édition parisienne pour retenir l’attention, et tous ceux qui s’attardent aux vitrines des librairies ne manquent pas de tomber en arrêt devant la couverture cartonnée de «Kalila et Dimna», ornée d’exquises miniatures syriennes du 12e siècle. (Une publication Ipomée-Albin Michel bénéficiant du soutien de l’IMA). Cet album dont la double pagination en Français et en arabe prend l’allure d’un chassé-croisé de chiffres, sa lecture pouvant se faire dans les deux sens, est illustré d’une douzaine d’autres miniatures ainsi que de culs-de-lampe tirés du même manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale, mais aussi de calligraphies contemporaines de Ghani Alani, le plus illustre représentant de l’école de Bagdad. Conçu comme un bel objet, il...
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