Beinheureux de Gaulle: «Vers l’Orient compliqué j’allais avec des idées simples». En cette période de vœux interminables, le Liban manifeste bien à l’extrême la complication qui confronte les chancelleries, les citoyens eux-mêmes, les communautés sociales et communique son vertige à l’individu curieux de la chose publique. Tous les dignitaires religieux qui se sont exprimés, depuis le patriarche maronite jusqu’aux plus hautes instances du clergé musulman, la totalité ramassée sur moins de quinze jours, dans ce pays où le civil s’en remet au clérical, et où le clérical se multiplie par dix sept entités, tous donc se sont sombrement exprimés sur l’état de la nation, la dépravation de ses mœurs, le danger des médias et d’autres choses encore qui réduisent un pays à sa plus simple expression de vide. Oui, avoir des idées simples. Ne pas confondre le haut rang hiérarchique des intervenants avec le dérisoire des interventions. Au-delà, ou en deçà, ailleurs en tout cas des questions comme le mariage civil, il y a d’abord une communauté de vision sur un état des mœurs libanaises lesquelles seraient déplorables, Capoue, Pompeï et Palerme confondus, mollesse, frénésie sexuelle et trafics en tous genres sur un territoire qui en devient presque expérimental. A en croire nos autorités spirituelles, nous serions les bas-fonds du Proche-Orient. La question est de savoir qui accorde crédit au discours de ces autorités, et là nous nous rapprochons des idées simples. Car l’omnipotence du clergé sur notre vie quotidienne, qui distord les relations interpersonnelles, favorise certaines structures archaïques aux dépens de la liberté de choix, et touche au grotesque lorsque s’en mêle le denier du culte (divorces par conversion grassement payées, héritages iniques etc, etc, sans compter les concubinages par absence de consentement de la famille-tribut au mariage mixte), bref toute la mélasse dans laquelle se débattent des Libanais chrétiens aussi bien que mahométans, tout cela, qui participe du labyrinthe, nous n’avons pas les moyens de la modifier pour l’instant, sous peine de devenir beaucoup plus compliqués encore. Alors, que cela soit. Par défaut. Nous sommes ainsi, pour l’instant, et les sujets de thèses de nos futurs docteurs n’en seront que plus nombreux. Il y faut un regard anthropologique. Des idées simples. Mais, hors cette statique, battons-nous becs et ongles dans le mouvement contre ces serpents religieux ou politiques qui s’attaquent à la si sage liberté de nos mœurs, qui ne se sépare pas de celle de nos convictions. Il y a eu, en 1997, dans un grand pays d’Europe, 6.000 condamnations pour pédophilie et 3.000 appels téléphoniques par jour au numéro d’une association pour «l’enfance en danger». Et personne ne parle encore de la pédophilie de certaines femmes homosexuelles. Si les religieux voulaient aller au bout de nos mœurs, qu’ils parlent du nombre de nourrissons abandonnés par leur mère, parfois dans les escaliers d’immeubles beyrouthins: mères sans recours dont certaines ont parfois préparé une layette à l’usage des «trouveurs» anonymes. Par la faute de quoi, sinon d’une mentalité religieuse où personne n’ose couvrir l’avortement ou prôner la responsabilité du père? Alors, en plus de leurs fautes, que les curés ou les imams osent rendre la société civile libanaise coupable de dépravation, que le chef de l’Etat parle de «corruption familiale» (néologisme?) et exhorte ses administrés, pour sortir de leur pauvreté, à commencer par «s’aider soi-même» au lieu de protester, qu’il se prononce en faveur du mariage civil («retenez-moi ou je fais un malheur»), enfin tous ces «montages» sont guignolesques. Et d’une infinie tristesse, qui est leur fatal revers. Il ne faut pas croire que De Gaulle était un monolithe solennel. Un quatorze juillet, lors de la traditionnelle réception à l’Elysée, voyant arriver Brigitte Bardot dans un costume (grande marque) de hussard, il se tourne vers Malraux: «Chic Malraux, voilà un soldat!». Quel rapport avec mon manque de propos? L’humour nécessaire, celui qui faisait dire à Lyautey, en réponse à une femme française qui le recevait à Marrakech et voulait lui montrer sa «collection de cacti»: «Certainement Madame, permettez d’abord que je fasse pipus». Croiriez-vous qu’une masse de Libanais, à commencer par les plus humbles, trouvent leur salut dans le rire? Tous revenus confondus. Amal NACCACHE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Beinheureux de Gaulle: «Vers l’Orient compliqué j’allais avec des idées simples». En cette période de vœux interminables, le Liban manifeste bien à l’extrême la complication qui confronte les chancelleries, les citoyens eux-mêmes, les communautés sociales et communique son vertige à l’individu curieux de la chose publique. Tous les dignitaires religieux qui se sont exprimés, depuis le patriarche maronite jusqu’aux plus hautes instances du clergé musulman, la totalité ramassée sur moins de quinze jours, dans ce pays où le civil s’en remet au clérical, et où le clérical se multiplie par dix sept entités, tous donc se sont sombrement exprimés sur l’état de la nation, la dépravation de ses mœurs, le danger des médias et d’autres choses encore qui réduisent un pays à sa plus simple expression de...