Certains époux kenyans n’ont pas hésité à menacer leurs femmes de les battre si elles votaient pour la seule candidate à l’élection présidentielle, Charity Ngilu. Femme d’affaires de 45 ans et mère de famille, Charity Ngilu se présentait sous les couleurs du Parti social-démocrate (SPD, opposition) contre le président sortant Daniel arap Moï. Pour les élections législatives, auxquelles 883 candidats de 23 partis différents se sont présentés, seules 50 femmes ont tenté leur chance, selon le quotidien «Daily Nation». Aucune femme n’occupe actuellement de hautes fonctions gouvernementales. Première femme candidate à la magistrature suprême depuis l’indépendance du Kenya en 1963, Charity Ngilu a mené sa campagne tambour battant, laissant escompter à ses partisans un possible deuxième tour qui l’aurait opposée à M. Moï. Ces derniers ne cachaient pas leur déception à l’annonce des premiers résultats. Mais devant un bureau de vote à Nairobi pendant le déroulement du scrutin, un père qui entendait sa fille annoncer son intention de voter pour Charity Ngilu s’est tourné vers elle pour la prévenir: «Si tu fais ça, tu es chassée de ma maison». Un diplomate occidental, de retour d’une tournée à travers le pays, confirme que, dans les campagnes, beaucoup de paysannes souhaitaient voter pour Mme Ngilu mais n’osaient pas le faire. Dans un village reculé, une femme, approuvée par d’autres, lui a confié: «Nous voulons voter pour elle, mais nos maris nous battront si nous le faisons». En outre, Mme Ngilu a dû faire face à plusieurs manœuvres d’intimidation. Ainsi, des journalistes étaient présents lorsqu’elle a découvert «des milliers de bulletins de vote, cartes électorales et autres documents», parfois à demi-brûlés, dans les locaux de la commission électorale de sa circonscription de Kitui, au centre du pays. Le «Daily Nation» a rapporté comment elle était venue les déposer au siège de la commission à Nairobi, après deux heures de face à face avec la police au cours desquelles elle a défié les policiers d’oser tirer sur elle. Auparavant, Charity Ngilu avait giflé un représentant local du gouvernement qui tentait de perturber une de ses réunions. Une autre femme a voulu briguer la présidence après avoir tenté en vain de convaincre les 14 candidats d’opposition de présenter un candidat unique. Mme Wangari Maathai, du Parti libéral, vétérinaire et militante écologiste de réputation internationale, a mené une campagne discrète jusqu’à ce que le président de son propre parti n’annonce son retrait en faveur du candidat du Parti démocratique, Mwai Kibaki, arrivé en seconde position derrière M. Moï. Pourtant, Mme Maathai est apparue 24 heures plus tard à la télévision — quand la plupart des électeurs avaient déjà voté — pour assurer qu’elle était toujours dans la course et que l’annonce de son retrait était imputable à ses «ennemis». Mais il était déjà trop tard. Elle n’a glané que quelques voix éparses ici et là, ratant en outre son élection au Parlement. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Certains époux kenyans n’ont pas hésité à menacer leurs femmes de les battre si elles votaient pour la seule candidate à l’élection présidentielle, Charity Ngilu. Femme d’affaires de 45 ans et mère de famille, Charity Ngilu se présentait sous les couleurs du Parti social-démocrate (SPD, opposition) contre le président sortant Daniel arap Moï. Pour les élections législatives, auxquelles 883 candidats de 23 partis différents se sont présentés, seules 50 femmes ont tenté leur chance, selon le quotidien «Daily Nation». Aucune femme n’occupe actuellement de hautes fonctions gouvernementales. Première femme candidate à la magistrature suprême depuis l’indépendance du Kenya en 1963, Charity Ngilu a mené sa campagne tambour battant, laissant escompter à ses partisans un possible deuxième tour qui l’aurait...