New York célèbre aujourd’hui jeudi le centenaire de la «consolidation» qui, en agglomérant cinq communes, en a fait la première métropole du Nouveau monde. La traditionnelle chute de la boule lumineuse à Times Square à minuit mercredi, en présence de 500.000 personnes sur place et, potentiellement, 300 millions de téléspectateurs, va donner le coup d’envoi d’une année commémorant la fusion de Manhattan et du Bronx avec Queens, Staten Island et, surtout, Brooklyn. Expositions et conférences doivent marquer cet anniversaire, commençant par l’investiture jeudi comme 107e maire de New York du Républicain Rudolph Giuliani, facilement réélu en novembre. Les habitants de Brooklyn, alors la quatrième ville américaine par sa population, avaient décidé en 1897 par seulement 277 voix d’avance de fusionner avec New York, entraînant dans leur sillage Queens et Staten Island, alors peu peuplés. Le 1er janvier 1898, New York gagnait 1,4 million d’habitants et multipliait sa superficie par cinq, devenant la première métropole des Etats-Unis avec une population de 3,4 millions. A l’étranger, seule Londres la dépassait. «C’est un moment excitant dans l’histoire des villes», commentait sur une chaîne de télévision locale Robert Caro, l’un des historiens de New York les plus renommés. «En fusionnant les cinq quartiers d’un seul coup, c’est devenu la ville la plus importante du Nouveau monde». Vingt-cinq ans plus tard, la population de New York atteignait 6 millions et son budget était passé de 77 à 350 millions de dollars, permettant aux autorités d’affirmer que «le temps a prouvé la valeur de la décision». Le bilan apparaît aujourd’hui plus mitigé pour Brooklyn. Dans sa dernière livraison dominicale, le «New York Times» a présenté ses excuses à son ancien rival, le Brooklyn Eagle, un virulent opposant à la fusion accusé en 1897 de défendre des «intérêts égoïstes»: le quotidien de Manhattan tire aujourd’hui à plus de 1,7 million d’exemplaires, contre 20.000 pour le journal de Brooklyn. «Brooklyn et les autres quartiers se porteraient mieux s’ils étaient indépendants», assurait au «New York Times» l’urbaniste Jane Jacobs, auteur d’un ouvrage de référence sur le développement des villes américaines. «La fusion de New York était justifiée par le partage des impôts, qui aurait dû bénéficier aux pauvres», ajoutait-elle. «Mais (…) le quartier le plus riche, Manhattan, a bénéficié de certains avantages économiques et culturels, tandis que les autres ont été bloqués dans leur développement». Si certaines parties de Brooklyn n’ont rien à envier à la richesse de Manhattan, notamment les bords de l’East River face au quartier des affaires de Wall Street, les docks qui faisaient la fierté et la richesse de la ville sont en effet délabrés et l’activité portuaire s’est repliée sur l’Etat voisin du New Jersey pour échapper aux impôts new-yorkais. Le chômage frappe 10% de la population active, ce qui en fait l’un des taux les plus élevés des Etats-Unis, et Brooklyn pleure encore la perte de son équipe de baseball, les Dodgers, rachetée par Los Angeles (Ouest) en 1957. Avec 2,2 millions d’habitants, Brooklyn serait aujourd’hui la troisième ville des Etats-Unis, derrière Los Angeles et Chicago (Nord). Elle «n’aurait sans doute jamais rivalisé avec Manhattan en terme de pouvoir, de richesse ou de fascination, mais à sa manière elle aurait pu être un concurrent», estimait le «New York Times». (AFP)
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