En trois mois, les nouveaux responsables du Département de la presse au ministère iranien de la Culture et de l’Orientation islamique accordent chaque semaine plus d’une dizaine d’autorisations de publications.
La politique tolérante du nouveau ministre de la Culture Ataollah Mohadjerani, à l’origine de cette éclosion, semble avoir favorisé la levée des restrictions administratives qui régissent la presse et la vie culturelle.
Au total, les autorités iraniennes ont autorisé la publication en Iran de 991 titres, soit presque le double des autorisations accordées avant la nomination de M. Mohadjerani, a déclaré le vice-ministre iranien de la Culture, M. Ahmad Bourghani.
M. Bourghani, lui-même ancien journaliste, a précisé que sur ce chiffre record de 991 titres autorisés, 59 concernent des quotidiens, le reste allant à des périodiques (des hebdomadaires, des bimensuels ou des mensuels notamment).
M. Mohadjerani, considéré comme un modéré, épris d’art et de culture, a été critiqué dans les milieux intégristes qui l’accusent d’être «favorable aux libéraux et aux intellectuels pro-occidentaux».
Mais M. Mohadjerani s’en est défendu en affirmant vouloir apporter «des changements fondamentaux à tous les échelons» du ministère de la Culture pour «assurer le respect des libertés culturelles et artistiques».
Anciens députés, ministres, personnalités artistiques ou culturelles, ou encore experts des questions économiques ont ainsi saisi l’occasion de l’élection du président Khatami en mai pour demander des autorisations pour des publications.
La plupart de ces publications, généralement d’informations politiques, culturelles, scientifiques et sportives, se concentrant à Téhéran.
Mais cette éclosion devrait se heurter à des difficultés économiques, notamment en raison du coût croissant de la fabrication des journaux.
Depuis plusieurs années, la presse écrite a été obligée d’acheter sur le marché libre une partie de ses besoins en matériel. Pourtant, le gouvernement consacre plusieurs dizaines de millions de dollars par an à l’achat du papier, de produits chimiques et de pièces détachées pour la fabrication des journaux.
Il y a deux ans, les sept principaux journaux de Téhéran (Keyhan, Ettelé’at, Jomhouri-Eslami, Salam, Ressalat, Abrar et Kar-o-Karghar) avaient doublé leurs tarifs, et les autres publications ont suivi ces derniers mois en faisant passer leurs tarifs de 200 à 400 ou même à 500 rials (0,06 dollar à 0,12 USD).
Par cette révision à la hausse de leurs prix de vente, les journaux cherchent à faire face à la montée de leurs frais généraux, due notamment à l’augmentation systématique du prix du papier sur le marché international.
Le tirage des journaux reste toutefois très bas en Iran, se situant globalement à près de 2 millions d’exemplaires pour une population de plus de 60 millions, alphabétisée à 85% et dont plus de la moitié a moins de 25 ans.
Selon des chiffres officiels, 30% des Iraniens ne lisent jamais de journaux et les responsables gouvernementaux invitent régulièrement la population à s’intéresser davantage à la lecture.
Le quotidien Keyhan, proche des conservateurs, a critiqué mardi cette éclosion des publications. «Au lieu de se contenter de la quantité, il faudrait désormais s’intéresser davantage à la qualité» de la presse, écrit-il. (AFP)


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