Dans le même numéro, l’hebdomadaire allemand publie des déclarations du vice-premier ministre turc Bulent Ecevit accusant le chancelier Helmut Kohl de «rabaisser» son pays.
«Une adhésion de la Turquie à l’Union européenne n’est pas possible à court ou moyen terme», selon un document interne de négociation du ministère allemand des Affaires étrangères rédigé quatre jours avant le sommet européen de Luxembourg et cité par l’hebdomadaire allemand.
Aussi l’Union doit-elle absolument «éviter de donner l’impression qu’il s’agit aujourd’hui de préparer concrètement des négociations d’adhésion», ajoute le texte cité par le magazine.
Interrogé samedi, le ministère des Affaires étrangères à Bonn a décliné toute prise de position.
Le ministère a également explicitement déconseillé de parler d’une «préparation de la Turquie à une adhésion», rapporte Der Spiegel, observant que Bonn a justement échoué à bloquer une telle formulation, finalement retenue.
L’Allemagne est en revanche parvenue à imposer à ses partenaires que l’Union ne s’engage pas à examiner «régulièrement» l’aptitude de la Turquie à une adhésion, poursuit Der Spiegel.
Un examen régulier pourrait «susciter de faux espoirs» et «peser inutilement» sur les relations entre l’Union européenne et la Turquie, mettait en garde le texte du ministère selon l’hebdomadaire.
L’exclusion de la Turquie de la liste des 11 pays candidats à l’adhésion lors du sommet de l’UE de Luxembourg mi-décembre a provoqué une crise entre Bonn et Ankara.
«Club de chrétiens»
Le premier ministre turc Mesut Yilmaz a accusé le chancelier Helmut Kohl le 18 décembre de vouloir transformer l’Union européenne en «club de chrétiens». Bonn a rejeté le lendemain ces «critiques absurdes».
Dans le même numéro du Spiegel, le vice-premier ministre turc affirme qu’«en filigrane est perceptible l’attitude (du chancelier) qui consiste à rabaisser l’islamique Turquie», même si le chef du gouvernement allemand a tenté, selon lui, de rectifier le tir après des propos qui lui avaient été prêtés et où il aurait rejeté une adhésion de la Turquie pour des raisons de civilisation.
Il estime en outre que «l’Europe nous a trompés» sur des compensations financières accordées à la Turquie pour contrebalancer les effets de l’Union douanière.
Il juge toutefois qu’Ankara «ne devrait pas retirer» sa demande d’adhésion (comme l’a menacé Mesut Yilmaz) «pour ne pas se mettre soi-même hors-jeu aux yeux de l’UE». Mais, observe-t-il, «que nous retirions nous-mêmes la demande ou qu’elle soit suspendue par l’UE, quelle différence cela fait-il dans les faits».
Quant à la conférence européenne qui doit réunir en mars à Londres les 15 pays membres de l’UE, les 11 pays candidats à l’UE et la Turquie, le dirigeant répète que son pays n’y participera pas car elle est dépourvue de «signification» et ne constitue qu’une «manœuvre pour nous abuser, un lot de consolation à moindres frais».
Il se dit toutefois persuadé que, «même si je ne sais pas quand, le jour viendra» où la Turquie sera membre à part entière de l’UE. (AFP)


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