Quelque 3100 délégués réunis à Mafikeng (nord de L’Afréque du Sud) pour leur troisième congrès seulement depuis la légalisation du parti (1990) et la fin de l’apartheid, feront leurs adieux au chef historique qui, à 79 ans, se retire de la présidence de l’ANC avant celle du pays en 1999, date des prochaines élections.
Mais l’ancien mouvement de libération, devenu parti dominant (63% des voix) en Afrique du Sud, fera aussi face à son principal facteur de division après trois ans de gouvernement: le rythme de «transformation», c’est-à-dire de correction des inégalités raciales et économiques héritées de l’Afrique du Sud de l’appartheid.
Successeur désigné par Mandela lui-même et unique candidat à la présidence, Thabo Mbeki devrait à 55 ans être élu sans coup férir président de l’ANC à Mafikeng, un Xhosa succédant ainsi à un autre Xhosa.
Ce diplomate consommé formé en exil, fils d’une figure historique du mouvement, a su rassurer les milieux économiques, mais a averti sans détour la minorité blanche qu’elle devra partager «volontairement» la richesse tirée de l’apartheid, évoquant sans cela le spectre de «révoltes raciales».
Le congrès de Mafikeng verra l’offensive de Winnie Madikizela-Mandela sur la vice-présidence du parti, face au favori Jacob Zuma. L’ex-épouse du président et icône de l’ère de l’apartheid a été, depuis son limogeage du gouvernement en 1995, l’une de ses plus virulentes critiques, l’accusant de «trahison» des promesses électorales.
Winnie, 63 ans, n’a reçu l’investiture officielle d’aucune section pour la vice-présidence, mais pourrait être nominée par les délégués au congrès. Elle devra toutefois recueillir 25 à 30% de soutien, au terme d’une nouvelle disposition soutenue par la direction de l’ANC, peu encline à être associée plus longtemps avec la turbulente Winnie.
Celle qui fut la «Mère de la Nation» pourrait pourtant connaître à Mafikeng son crépuscule politique, après avoir été fortement ternie par deux semaines d’auditions de la Commission Vérité et Réconciliation, en novembre, sur les meurtres, violences et enlèvements et le règne de terreur de son «Mandela United Football Club», dans le Soweto de 1986-89.
Thabo Mbeki a assuré que le parti n’avait «pas peur» de Winnie, accusée de «populisme de salon» par un ministre lorsqu’elle prend la cause des exclus économiques ou réclame le rétablissement de la peine de mort pour lutter contre le crime.
Disparités sociales criantes
Mais, dans un changement interprété par la presse comme un verrouillage supplémentaire anti-Winnie, le congrès pourrait décider de ne plus lier statutairement la vice-présidence du parti à celle du pays en cas de victoire électorale. Et pourrait étendre de trois à cinq ans le mandat du leadership.
Reste que les impatiences et frustrations qu’elle exprime devront être entendues par l’ANC, dont les partenaires de l’Alliance, la puissante COSATU (syndicats) et le Parti communiste, vivent plus ou moins bien la ligne économique quasi libérale: rigueur budgétaire, maîtrise inflationniste, discipline fiscale.
La gauche du parti devrait donc rappeler à l’ordre l’ANC sur les disparités criantes d’une société où 40% de la population, essentiellement des Noirs, ne concentrent que 6% du revenu national, où 53% ne vivent qu’avec 301 rands (60 dollars) par mois, sur fond de chômage avoisinant 30%.
Mais, en dépit des menaces à long terme sur sa cohésion ou son hégémonie électorale, l’ANC devrait offrir à Mafikeng un de ses derniers grands moments d’unité et d’émotion, avec une fête en l’honneur de «Madiba», le nom de clan par lequel les Sud-Africains désignent affectueusement leur président, chef d’Etat le plus populaire du monde. (AFP)37


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