Dans un discours prononcé devant les membres des deux Chambres du Parlement, cinq jours après l’exécution à Bagdad des quatre ressortissants jordaniens, le roi Hussein a estimé que le régime irakien «avait privé les Irakiens de tout».
«Que Dieu nous permette d’aider le peuple (irakien) à se libérer pour qu’il retrouve une situation normale, récupère sa dignité et ses droits, et pour qu’il jouisse du multipartisme», a ajouté le souverain jordanien dans son discours retransmis par la télévision d’Etat.
«Le peuple irakien doit en finir avec ses souffrances, qu’elles soient provoquées de l’extérieur ou de parties qui l’ont privé de tout», a ajouté le roi en référence aux conséquences de l’embargo frappant l’Irak depuis 1990 et au régime du président Saddam Hussein.
«L’Irak vit une tragédie en raison des guerres qu’il avait menées et d’autres circonstances ayant fait des pyramides de cadavres», a indiqué le roi.
Affirmant que la Jordanie «n’accepte pas de chantage lorsqu’il s’agit de la vie de ses citoyens qui lui est chère», il a estimé que son pays pouvait trouver des solutions de rechange à une éventuelle interruption par l’Irak de ses fournitures de pétrole. «Qu’il (l’Irak) nous coupe le pétrole, nous trouverons d’autres solutions», a déclaré le roi Hussein.
La Jordanie dépend de l’Irak pour son approvisionnement en pétrole (70.000 barils par jour), que Bagdad lui vend à un tarif préférentiel.
«Pourquoi l’Irak avait lancé des missiles en 1991 contre Israël? Le but était-il de donner à Israël un prétexte pour occuper la Jordanie?», s’est en outre interrogé le souverain jordanien, en référence aux missiles SCUD lancés par l’armée irakienne contre l’Etat hébreu durant la guerre du Golfe en 1991.
Le roi Hussein a de nouveau qualifié de «crime vil et odieux» l’exécution des Jordaniens pour trafic de pièces détachées de voitures, et exprimé ses craintes pour le sort d’un cinquième Jordanien condamné à mort en Irak dimanche dernier, pour le même délit.
Dans sa première réaction vendredi à ces exécutions, le roi Hussein s’était élevé contre cet acte «vil» et averti que «le sang jordanien est cher».
L’exécution des quatre Jordaniens avait provoqué une nouvelle crise diplomatique entre l’Irak et la Jordanie, dont les relations, chaleureuses lors de la guerre du Golfe, évoluent depuis 1993 en dents de scie.
La Jordanie a décidé mercredi d’expulser sept diplomates irakiens et de rappeler son chargé d’Affaires à Bagdad.
Selon l’Irak, les quatre hommes étaient des «trafiquants professionnels, impliqués dans un trafic de marchandises dont ils faisaient la contrebande (...) ce qui est un crime passible de la peine de mort».
Par ailleurs, des sources parlementaires ont indiqué à l’AFP que Bagdad avait refusé une requête jordanienne de libérer 140 détenus jordaniens dans les prisons irakiennes, et de commuer la peine du Jordanien, Ammar Chehabeddine, condamné à mort et dont le sort a été évoqué par le roi Hussein.
Le prince héritier Hassan Ibn Talal avait mis en garde contre l’exécution de ce Jordanien lors d’un entretien à Téhéran avec le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan, en marge du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), a-t-on ajouté.
Le prince Hassan a aussi demandé sans succès, selon les mêmes sources, la libération des 140 Jordaniens, détenus en Irak pour «des délits mineurs». (AFP)


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