Wall Street a clôturé jeudi soir en baisse pour la quatrième journée consécutive, reculant de 1,63% à 7.849,99 après avoir oscillé entre 7.815,17 et 7.973,82.
Les milieux financiers commencent à craindre que l’aide de 57 milliards de dollars accordée à la Corée du Sud par le FMI ne suffise pas à relever le système financier du pays et, par voie de conséquence, à rétablir la confiance sur l’ensemble des places boursières.
La Bourse de Séoul a plongé à l’ouverture vendredi et affichait une baisse de 6,08% à mi-séance à 354,42 points.
«Les investisseurs fuient le marché en masse en raison de l’afflux des mauvaises nouvelles», note un opérateur de Dongwon Securities.
A Tokyo, l’indice Nikkei est tombé sous la barre psychologique des 16.000. Il enregistrait une baisse de 1,48% à la mi-séance.
Hong Kong a également ouvert en recul, l’index Hang Seng accusant une baisse de 2,5% dans les premiers échanges avant de se reprendre à -0,89%.
Même scénario à Taïwan, qui s’est légèrement reprise en milieu de matinée à +0,46%.
Singapour persistait sur la pente descendante, à 2,50% en matinée. Kuala Lumpur perdait 3,46% et Bangkok 1,43%.
Les opérateurs se sont refusés à parler de panique, préférant évoquer une «lente fonte» des marchés.
Pertes d’emplois
Quoiqu’il en soit, la tempête financière et boursière en Asie devrait conduire en 1998 à des «dizaines de milliers» de suppressions d’emplois dans le secteur des banques d’investissement à l’échelle de la région.
Ce sombre pronostic, accompagnant les premières annonces de «restructuration» et de licenciements, est celui, vendredi, de Philip Tose, président-fondateur de Peregrine, la firme au faucon-pèlerin dont les ailes sont rognées par la crise.
«Cette industrie va supprimer des dizaines de milliers d’emplois à travers l’Asie dans le courant de l’année prochaine», a averti M. Tose, qui parle en expert. Peregrine Investment Holdings a été la première à se jeter à l’eau, en décidant de licencier 275 personnes sur un effectif de 1.750.
Le krach boursier d’octobre à Hong Kong avait entraîné de lourdes pertes pour la dernière banque d’affaires indépendante de la région, qui a dû appeler à la rescousse le groupe financier suisse Zurich Group et d’autres investisseurs.
La firme américaine Lehman Brothers a discrètement liquidé un pan entier de ses activités. Deutsche Morgan Grenfell, la très agressive filiale du groupe Deutsche Bank, taille dans son réseau régional. Et la sortie du métier de banque d’investissement des britanniques Barclays et NatWest, comme la fusion des géants suisses UBS et SBS, devraient également se traduire par des suppressions d’emplois.
Vendredi, Indosuez W.I. Carr, le courtier asiatique du groupe bancaire français Crédit Agricole, concluait un «examen de ses opérations» par le renvoi de 72 personnes, 10% de ses effectifs.
A Hong Kong, de 3.000 à 5.000 professionnels pourraient se retrouver à la rue, estime le patron d’une société de gestion d’actifs. «Cela fait beaucoup de clients des bars chics et des restaurants de luxe», dit-il. Ceux qui ne perdront pas leur emploi devront accepter des salaires et des primes en baisse.
Sur les marchés des valeurs mobilières, les deux gros moteurs des affaires, le volume des transactions et les introductions en bourse de nouvelles sociétés, ont été touchés par la crise dans des proportions spectaculaires.
«Il faut être réaliste», explique M. Tose. «Si la capitalisation d’un marché est tombée de 200 milliards de dollars à 30 milliards, vous ne pouvez pas conserver le même personnel», a-t-il dit. Il pensait aux places boursières d’Asie du Sud-Est, où les cours ont été divisés par deux ou trois et où les volumes ne sont plus que l’ombre des montants atteints avant la crise.
Cependant, les pertes d’emplois les plus massives ne viendront pas des institutions financières internationales qui peuvent se contenter de réduire la voilure en attendant le retour des beaux jours. Ce n’est pas le cas des centaines d’institutions financières locales dont la crise a mis à jour la très grande fragilité et qui ont fermé leurs portes ou vont devoir le faire.
Condition indispensable au retour à une croissance durable, l’assainissement des systèmes financiers est en marche à l’échelle régionale. Mais la facture sociale sera lourde. (Reuters, AFP)


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