La plupart des délégations considèrent que les chances de parvenir à un accord à Kyoto sont entre les mains des Américains, alors que les négociations vont passer lundi au niveau politique.
Le ton s’est nettement durci au fil des jours, d’abord entre Américains et Européens, puis entre Japonais et Européens, les premiers reprochant aux seconds de s’accrocher à leur proposition «beaucoup trop forte« de réduction de 15% des émissions de gaz à effet de serre.
Des progrès ont été accomplis sur plusieurs points secondaires, mais qui sont susceptibles de lever des hypothèques sur des arrangements importants. Mais les protagonistes de la négociation — Etats-Unis, Union européenne, Japon, Chine — continuent à s’observer, attendant des concessions de part et d’autre. Chacun cache son jeu.
«Voilà une semaine que s’est ouverte cette réunion capitale pour l’avenir de la planète et les principaux acteurs ne parlent toujours pas de ses vrais enjeux: de combien faut-il réduire les émissions dues aux combustibles fossiles pour protéger le climat?», se demandait samedi le porte-parole de Greenpeace, Matthew Spencer.
L’essentiel reste à faire:
— Les pays en développement ne veulent rien entendre d’un engagement les concernant, sauf si des aides substantielles sont annoncées, ce qui n’a pas été le cas. Vendredi, la Nouvelle-Zélande a proposé que les pays en développement limitent leurs émissions en 2015, provoquant une flambée de protestations, en particulier de la Chine.
— L’Europe ne veut pas bouger de son objectif de moins 15% qui exaspère Américains et Japonais mais qui ne déplait pas aux pays pauvres. Mais 10% les satisferaient.
— Les Etats-Unis ne cessent de répéter que leur proposition d’option «zéro» (stabiliser entre 2008 et 2012 leurs émissions au niveau de 1990) est définitive, mais le président Clinton a estimé vendredi que les chances d’un accord étaient «raisonnablement bonnes» si tout le monde le voulait «vraiment». Mais il a ajouté de façon sibylline: «Nous avons de nouvelles idées sur des approches différentes».
Or il n’y a pas cinquante approches. Si les Etats-Unis veulent un accord, ils savent que les pays en développement et l’Union européenne ne signeront rien sous la barre des moins 5% voire moins 7,5%, selon les «paniers» de gaz retenus. Or on sait déjà que 0% sur six gaz équivaut pour les Etats-Unis à moins 5% sur trois gaz. Un petit plus (2,5%) suffirait sans doute.
Mais les modalités d’accompagnement de l’accord —permis d’émissions de CO2 négociables, taxes CO2, «puits» (réserves de CO2 comme les forêts), fonds de financement pour «nettoyer» l’atmosphère, etc. — seront essentielles pour que le traité soit ou non appliqué convenablement.
Les discussions se sont poursuivies sans relâche samedi. Dimanche, l’infatigable négociateur en chef, l’Argentin Raul Estrada, qui accueillera la 4e conférence climat dans son pays dans un an, pourrait faire de nouvelles propositions qui aboutiraient à une réduction des émissions de 5%. Les «puits» seraient abandonnés et les mécanismes du marché prévus (permis de polluer) s’approcheraient des desiderata américains. Si les pourparlers officieux avancent, cela pourrait constituer la base des négociations de la session ministérielle qui s’ouvre. (AFP)


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