Le chef de l’Etat présidait à Paris la cérémonie de remise au Mémorial du martyr juif inconnu, hébergeant le centre de documentation juive contemporaine, des Fichiers de police des juifs constitués sous l’Occupation.
Le président de la République a dénoncé «l’abdication morale d’un Etat, l’Etat de Vichy qui, trahissant les idéaux de la République, rompant avec nos traditions, seconda les exigences de l’occupant et mit les juifs hors de la communauté nationale».
Mais il a, dans le même temps, exalté «une France résistante et combattante», la France «du général de Gaulle, des Français libres, des résistants et des Justes, qui l’a finalement emporté».
«Le bien et le mal doivent être également reconnus et assumés. C’est le moins que l’on puisse attendre d’un peuple adulte, qui a fait du combat pour la liberté et la dignité humaine sa mission la plus haute», a déclaré Jacques Chirac. «Puissent ces fichiers, désormais exposés dans ce lieu de symbole, participer de cette nécessaire prise de conscience», a-t-il ajouté.
«Toute la nation accomplit en ce moment même un difficile travail de mémoire, trop longtemps différé. Ce travail accompli, notre pays, réconcilié, lucide, fort des épreuves traversées et des drames partagés, vivra son destin avec vaillance et avec vigilance», a poursuivi le président de la République.
Evoquant «les législations antisémites successives, du premier statut des juifs d’octobre 1940 au second de 1941, plus dur encore», Jacques Chirac a appelé à «prendre toute la mesure de cette exclusion évidente ou insidieuse, qui touchait tous les actes de la vie quotidienne».
«Oui, la France de l’Occupation a existé. Oui, les arrestations, les rafles, les convois ont été organisés avec le concours de l’administration française», a-t-il déclaré, alors que se déroule à Bordeaux le procès pour crimes contre l’humanité de Maurice Papon, ancien haut fonctionnaire de Vichy qui poursuivit sa carrière sous plusieurs autres régimes jusqu’à devenir ministre.
«Cela doit être dit et reconnu. Non pour se flageller avec le passé, mais pour inventer le présent sur des bases saines et claires, ce qui suppose que nous regardions en face notre histoire», a-t-il poursuivi.
Le ministre de la Culture, Catherine Trautmann, le président du Mémorial, Eric de Rothschild, l’ancien ministre centriste, Simone Veil, et l’avocat, Serge Klarsfeld, étaient notamment présents à cette cérémonie. (AFP)


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