«Je comprends la signification de ce petit cadeau, c’est une menace claire contre ma propre vie», a affirmé Maher Dessouki, après avoir découvert sur le pare-brise de sa voiture un petit sac contenant une balle de pistolet.
Ce «message» fait suite à une menace plus directe qui disait, une semaine plus tôt, avec un collage de lettres détachées: «Nous te poursuivons».
«On se croirait dans un film policier», commente M. Dessouki, qui préside l’Association palestinienne de défense des consommateurs (APDC).
Incapable d’identifier leurs auteurs, il présume que les menaces proviennent de ceux qui les Palestiniens appellent «les marchands de mort lente», ceux que inondent le marché des territoires palestiniens de produits alimentaires et pharmaceutiques périmés.
M. Dessouki est en guerre contre ces «marchands de mort» depuis la fondation en 1991 de l’APDC, chargée de sensibiliser la population aux dangers des marchandises avariées et de lutter contre leurs fournisseurs.
D’après les données qu’il détient, l’écoulement de marchandises avariées sur le marché palestinien présage à court terme une catastrophe pour la santé des citoyens. Il cite notamment la saisie en 1995-1996 de dizaines de tonnes de lait, viandes, œufs, confiseries, conserves, boissons et médicaments, tous périmés.
Quant au nombre de personnes intoxiquées, il est, selon M. Dessouki, en croissance continue: de 860 cas en 1993 à 981 en 1994, avant d’atteindre 4.233 cas dans les 11 premiers mois de 1997.
Les enfants
premières victimes
M. Dessouki tire la sonnette d’alarme face à un fléau qui menace deux millions d’habitants dans les territoires palestiniens, et dont les premières victimes sont les enfants qui ont constitué entre 55% et 60% des personnes intoxiquées depuis 1994.
Fondée à Ramallah en Cisjordanie, l’APDC compte aujourd’hui 600 volontaires, avec des représentations à Jéricho, Jennine, Qalqiliah, Toulkarm, Bethléem et Jérusalem-est.
«L’idée remonte au début de la guerre du Golfe en janvier 1991. La crainte des armes chimiques nous avait poussés à prendre des mesures, notamment le recours aux conserves pour éviter la pollution des aliments», dit M. Dessouki.
L’APDC s’est ensuite attelée aux problèmes de défense des consommateurs dont aucun organisme ne s’occupait jusqu’à l’arrivée de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, en 1995.
L’APDC a organisé depuis sa création 1.300 activités, notamment des colloques, des émissions audio-visuelles et des expositions de produits avariés.
Elle a également organisé en 1997 des manifestations populaires réclamant la lutte contre la fraude et la promulgation de lois pour la réprimer.
«Israël constitue la principale source de ces marchandises, dont 86% ont été introduites» en territoire palestinien «par des commerçants et des agents arabes et juifs qui changent les étiquettes ou l’emballage, ou falsifient les dates de production et d’expiration», affirme le président de l’APDC.
Selon lui, les anciennes lois en vigueur dans les territoires palestiniens ne favorisent pas la lutte contre les fraudeurs qui ne risquent qu’une brève fermeture de leur commerce, une amende de 70 dollars maximum ou bien une peine de trois mois à un an de prison.
M. Dessouki ne désespère pas pour autant. Il affirme que «les menaces de mort ne vont pas l’intimider» et que sa réponse sera «de redoubler l’effort dans la lutte contre ce fléau». (AFP)


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