Le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède, qui ne veulent pas faire partie du peloton de tête en 1999 — la Grèce, qui ne remplit pas les conditions et devra attendre quelques années — croyaient jusqu’à présent avoir fait le meilleur choix possible.
La politique du «wait and see» leur permettait tout à la fois de se concilier leur opinion publique réticente et de laisser les autres pays prendre les risques du lancement d’une monnaie unique, un pari qui n’est pas sans danger.
C’est seulement plusieurs années après la mise de l’euro sur orbite et uniquement au cas où l’opération se révélerait un succès que les «out» souhaitent franchir le pas.
Du reste, la plupart des 11 pays pressentis pour faire partie de la zone euro soulignaient que, pour des raisons politiques, le gouvernement travailliste du Royaume-Uni avait fait le bon choix en reportant son adhésion à l’euro.
La Grande-Bretagne est dans un cycle économique différent de celui de ses partenaires continentaux et les conservateurs n’ont pas réellement préparé le pays à franchir l’obstacle en 1999.
«La responsabilité des gouvernements conservateurs passés empêche la Grande-Bretagne de prendre sa place tout de suite», a souligné lundi le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, lors d’une conférence de presse.
Mais les limites de cette confortable situation d’attente ont été exposées au grand jour lors de la réunion des ministres des Finances des Quinze, lundi à Bruxelles.
L’Allemand Theo Waigel a résumé la situation de manière laconique: «On ne saurait être dedans et dehors à la fois».
Cela signifie que les «out» ne feront pas non plus partie de l’«Euro-X», ce forum de coordination des politiques économiques, notamment sur les budgets, les prix, les salaires et les taux de change réservé aux pays membres de l’euro, avec «X» pour le nombre de participants finalement sélectionnés.
«Un seul pays»
Le Royaume-Uni, principale place financière européenne, et le Danemark, dont la couronne sera liée à l’euro par un mécanisme de change, ne participeront donc pas à des discussions qui auront un impact très important sur leurs économies.
«Ils découvrent que l’euro va exister», a souligné Dominique Strauss-Kahn, selon lequel ils ne l’avaient pas encore anticipé.
Les «out» ont bataillé pendant dix heures lundi pour obtenir un statut d’observateur au sein de l’Euro-X, mais les «Onze» ont refusé d’aller au-delà d’une information en profondeur.
«L’euro, c’est un mariage», a déclaré le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, après une réunion avec ses homologues des Quinze. «Les pays qui se marient n’ont pas envie de voir quelqu’un d’autre dans la chambre à coucher».
La place financière de Londres risque-t-elle de souffrir?
«Les Etats-Unis aussi jouent un rôle très important en matière financière internationale», a-t-il tranché.
Pour les «in», la situation est simple: les pays qui partagent une monnaie sont un peu comme «un seul pays» et ils doivent donc avoir des «relations plus intimes»: «La monnaie, c’est le problème central de la politique économique».
En outre, les diplomates soulignent qu’accepter les exclus de l’actuelle Union européenne risquerait de créer un précédent lors de l’élargissement futur à des pays qui mettront plusieurs années avant de rejoindre la monnaie unique.
Même si certains exclus volontaires, comme le Royaume-Uni, menacent implicitement les «Onze» de recours judiciaires lorsqu’ils jugent la création de l’Euro-X illégal, il semble qu’ils n’aient guère de choix, rien dans les traités n’empêchant quelques ministres de dîner ensemble.
Soit ils acceptent l’offre d’information, soit ils ne sauront rien des délibérations des membres de l’euro.
«Peut-être que dans les mois qui viennent ils vont arrêter de bouder», a prédit le ministre français des Finances.
La poursuite de la bouderie aurait toutefois un inconvénient pour la France et de nombreux petits pays qui souhaitent institutionnaliser la coordination de la zone euro, embryon du «gouvernement économique» souhaité par Paris.
Il faut en effet l’accord des «Quatre» pour que soit adoptée au sommet de Luxembourg, les 12 et 13 décembre courant, une «résolution» créant officiellement l’Euro-X.
La situation sied en revanche à l’Allemagne, qui refuse tout ce qui pourrait paraître affecter l’indépendance de la future Banque centrale européenne (BCE). (Reuters)


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