L’OMT, vieille de vingt-deux ans, amorce un délicat tournant au moment où les gouvernements des pays riches réduisent leurs interventions dans ce domaine et laissent aux entreprises privées le soin d’accompagner la spectaculaire explosion des voyages dans le monde.
Récemment délaissée par les Etats-Unis, le Canada et la Belgique, l’OMT se devait d’entamer une sérieuse réflexion sur son avenir. Son Conseil exécutif a donc profité de l’assemblée générale (réunie tous les deux ans) pour publier un «livre blanc» intitulé: «S’adapter au changement».
Un projet de résolution en cinq points qui l’accompagnait a suscité surprise et colère, a résumé Slaheddine Maaoui, président du Conseil exécutif de l’OMT et ministre du Tourisme de Tunisie. Le texte devrait finalement donner lieu à une version très édulcorée, à moins de passer aux oubliettes.
Sa principale recommandation prévoyait que des représentants de l’industrie touristique rendent des avis sur les décisions du Conseil exécutif, alors que les statuts de l’OMT n’accordent actuellement pas de droit de regard au secteur privé.
Consensus
La réforme structurelle proposée a «pris de court les participants», estime M. Maaoui.
«Il y a néanmoins un large consensus sur cette orientation», juge-t-il. D’autant que le secteur privé est aujourd’hui le véritable acteur du développement et de la promotion du tourisme dans le monde.
«Deux phénomènes s’affrontent: d’un côté, une prise de conscience accrue de l’importance économique du tourisme, de l’autre, un sentiment grandissant selon lequel ce secteur peut se développer tout seul, sans intervention gouvernementale ou sans l’aide d’une organisation mondiale», résume le secrétaire général de l’OMT Francesco Frangialli.
Et les gouvernements, poussés à réduire leurs déficits publics, n’hésitent pas à tailler dans les budgets déjà embryonnaires consacrés au tourisme, constate le responsable.
Pour Slaheddine Maaoui, l’évolution des pays développés est logique. Confiné au départ dans un rôle de mise en place d’infrastructures de base, l’Etat se consacre dans un deuxième temps à la réglementation, avant de se cantonner à l’âge mûr dans la simple coordination d’une branche dominée par le privé et les autorités régionales.
Si le soutien de l’Etat reste décisif dans les nations en développement, celles-ci n’échapperont pas à la montée en puissance du secteur privé, estime le président du Conseil exécutif de l’OMT.
Plus généralement, le nombre des pays ayant un ministre du Tourisme à temps plein recule.
Sous ses apparences frivoles et sa dispersion en entreprises de taille modeste, le tourisme a rarement été pris au sérieux par les gouvernants. Pourtant, son poids économique et social dépasse celui de la plupart des autres activités industrielles, engendrant la survie ou la prospérité de nombreuses régions du globe.
C’est aussi en mesurant l’impact économique de ce secteur que l’OMT justifie sa raison d’être et assure son avenir.
Le tourisme, qui emploie 255 millions de personnes, devrait poursuivre son envolée au XXIe siècle avec un quasi triplement du nombre de voyageurs internationaux d’ici l’an 2020, prévoit l’organisation. Ils étaient déjà 592 millions en 1996. (AFP)


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