La crise algérienne a pour la première fois été évoquée officiellement au sein d’une instance internationale, avec une audition au Parlement européen (PE) coïcidant avec la venue au Luxembourg et à Bruxelles du ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf.
Les députés européens de la sous-commission des droits de l’homme du PE ont entendu journalistes, avocats, syndicalistes et membres d’organisations algériennes et internationales de défense des droits de l’homme et de victimes du terrorisme.
«Nous avons été «sonnés» par cette audition qui nous a permis de constater qu’il n’y a pas qu’une seule vérité», a déclaré Daniel Cohn-Bendit, député des Verts au PE qui, avec son collègue chrétien-démocrate André Soulier, préside les travaux de cette sous-commission.
Les différents témoignages ont montré aux euro-députés, qui cherchent à comprendre ce qui se passe en Algérie pour déterminer comment l’Union européenne pourrait agir, la complexité de la situation et les différences d’approche sur les responsabilités des atrocités qui s’y déroulent.
«Nous savons qui nous protège et qui nous tue», a déclaré Leila Aslaoui, magistrat dont le mari est mort assassiné et qui représentait l’association des familles victimes du terrorisme.
Elle a fait porter l’entière responsabilité de la violence aux groupes islamiques armés qu’elle a assimilés aux mouvements nazis. «Nazisme et intégrisme (religieux) ne sont pas des opinions, ce sont des crimes», a-t-elle dit. Si elle reconnaît des «responsabilités individuelles» au sein des forces de sécurité, elle refuse de parler «d’institutionnalisation de la répression».
Mme Aslaoui a qualifié de «fiction juridique et politique» une éventuelle commission d’enquête internationale, réclamée par plusieurs organisations de défense des droit de l’homme.
Cette tendance a été soutenue par quelques journalistes algériens ainsi que par Abdlmadjid Azzi, secrétaire général du syndicat UGTA (Union générale des travailleurs algériens) qui a accusé l’intégrisme de provoquer «le calvaire physique et moral de la population».
Des actions concrètes
A l’opposé, Isabelle Sherer, représentante d’Amnesty International à l’ONU, sans remettre en cause le rôle des extrémistes dans la spirale de la violence, a accusé les forces de sécurité d’être impliquées dans des massacres.
Dénonçant «l’impunité» dont jouissent les responsables des atrocités dont aucun n’a jamais été poursuivi, elle a réclamé la mise en place d’une enquête internationale, estimant que la communauté internationale doit passer de «la phase de la dénonciation», à celle des «actions concrètes».
Des journalistes algériens, dont une soixantaine ont été tués depuis 1992, ont souligné les énormes difficultés dans leur travail, coincés entre les menaces de mort des extrémistes religieux et les pressions du pouvoir.
«L’information est retournée en enfer», a déclaré Ahmed B. Lahouri, ancien journaliste à l’agence de presse algérienne APS.
A l’issue de cette audition, MM. Soulier et Cohn-Bendit ont estimé que l’envoi d’une délégation du Parlement européen en Algérie — dont le principe a été approuvé en septembre — devait désormais s’effectuer rapidement, à la condition qu’elle ait la possibilité de rencontrer qui elle le souhaite, représentants du gouvernement, de la société civile et des islamistes.
L’audition organisée par le PE a coïncidé avec un entretien à Luxembourg entre Jacques Poos, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères dont le pays assure la présidence de l’UE, et son homologue algérien Ahmed Attaf qui a accusé certaines capitales européennes d’héberger des réseaux de soutien aux groupes terroristes liés à la mouvance du GIA (Groupe islamique armé). (AFP)


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