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Actualités - Chronologie

Est-ce la fin du miracle asiatique ?


Les économies d’Asie du Sud-Est vont être confrontées, dans les deux à trois prochaines années, à de fortes baisses de croissance dans le sillage de la crise monétaire thaïlandaise, qui secoue la région depuis juillet et qui a révélé de profondes fissures.
Après le «miracle» tant vanté, l’histoire retiendra 1997 comme l’année du profond renversement de tendance de l’économie thaïlandaise, connue jusqu’alors pour son extraordinaire taux de croissance, et qui, par un effet de dominos, entraîna dans la tourmente les autres économies de la région.
Avec des sociétés dont plus personne ne voulait, des banques en faillite, des voitures de grosse cylindrée changeant de mains et des fastfood remplaçant les luxueux restaurants, l’Asie du Sud-Est est en quelques mois passée de ce qu’un économiste qualifie de «sur-exubérance» à une forme de morosité.
«Comment les choses ont-elles pu en arriver là après tant d’années d’incroyables performances» s’est demandé le directeur du FMI, Michel Camdessus, en novembre, lors d’une tournée effectuée pour rencontrer tous les dirigeants de la région.
«Nous avons une analyse relativement claire de ce qui s’est passé en Thaïlande. Mais la question la plus difficile c’est de savoir comment la crise s’est étendue si rapidement aux autres pays» a-t-il concédé.
Alors que les prévisions de croissance de la région étaient de plus de 7% pour 1997 et 1998, les firmes d’investissements interrogées par l’AFP prévoient maintenant une croissance nulle ou même négative en Thaïlande pour 97 et n’envisagent pas une éventuelle embellie avant 1999.
Selon la Banque asiatique de développement, la région avait connu des taux de croissance de l’ordre de 6,4% de 1981 à 1990, avec un pic de 7,4% de 1990 à 1996 pour la Thaïlande, qui faisait alors figure de locomotive.
Pourtant, pour Michel Camdessus, «de nombreux signes précurseurs de l’orage» étaient visibles en Thaïlande: une monnaie qui s’appréciait ralentissant d’autant les exportations, un déficit de la balance de comptes courants qui se creusait, une dette extérieure qui ne cessait d’augmenter, des prix de l’immobilier toujours plus hauts et un système bancaire fragilisé.
Quand le baht s’effondra en juillet, les pays voisins dont les monnaies furent soumises à fortes pressions, furent contraints de relever leurs taux. Mais leurs frénétiques efforts pour tenter d’endiguer la situation ne fit que précipiter la déroute monétaire et financière.
A Bangkok la crise fit tomber le gouvernement de l’ex-général Chavalit Yongchaiyudh et ramena au pouvoir l’ancien premier ministre Chuan Leekpai, investi de la peu enviable mission de mettre en œuvre des réformes en profondeur nécessaires au déblocage des 17 milliards de dollars de crédit consenti par le FMI en août.
Quant l’Indonésie fut à son tour touchée, elle fit appel à son tour au FMI qui lui accorda une première ligne de crédit de 23 milliards de dollars, qui pourrait se monter finalement à un total de près de 40 milliards de dollars.
Entre le 2 juillet — date de la dévaluation du baht et le 21 novembre quand la Corée du Sud fut à son tour contrainte de rechercher l’aide du FMI, le dollar s’apprécia de 37% en moyenne par rapport aux principales monnaies de la région.
Le billet vert gagna ainsi 58% sur le baht, 38% sur la roupie Indonésie, 37% sur le ringgit malaisien, 30,5% sur le peso philippin et 11% sur le dollar singapour.
Ce qui fit dire au président indonésien Suharto, lors d’un sommet des pays du G-15 en novembre «que les sacrifices et le travail de plusieurs décennies avaient été effacés en une nuit».
Le premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, furieux de voir ses projets visant à faire de son pays une nation industrialisée à l’horizon 2020, accusa les spéculateurs de tramer des complots pour mettre à genou les pays de la région.
M. Mahathir, qui chiffre la crise à quelque 200 milliards de dollars partis en fumée, alla même jusqu’à évoquer un complot contre les monnaies émanant de financiers juifs, avec en tête le milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, et de réclamer un contrôle des changes ce qui alimenta la panique dans son propre pays.
Même le Vietnam communiste fut contraint de dévaluer sa monnaie, le dong, quand tombèrent sur le marché mondial les prix du riz thaïlandais.
Le prix à payer de la crise ne cesse de s’élever, estime pour sa part Claude Smadja, directeur du Forum économique mondial basé à Genève qui met en garde «contre l’excès de pessimisme qui prévaut aujourd’hui après l’excès d’optimisme d’hier».
Pour lui «de dures mesures de correction vont être nécessaires pour aborder les déséquilibres structurels nés ces dernières années. Les deux ou trois prochaines années vont être marquées par un processus d’ajustement dans toute la région qui pour certains va être douloureux». (AFP)
Les économies d’Asie du Sud-Est vont être confrontées, dans les deux à trois prochaines années, à de fortes baisses de croissance dans le sillage de la crise monétaire thaïlandaise, qui secoue la région depuis juillet et qui a révélé de profondes fissures.Après le «miracle» tant vanté, l’histoire retiendra 1997 comme l’année du profond renversement de tendance de l’économie thaïlandaise, connue jusqu’alors pour son extraordinaire taux de croissance, et qui, par un effet de dominos, entraîna dans la tourmente les autres économies de la région.Avec des sociétés dont plus personne ne voulait, des banques en faillite, des voitures de grosse cylindrée changeant de mains et des fastfood remplaçant les luxueux restaurants, l’Asie du Sud-Est est en quelques mois passée de ce qu’un économiste qualifie de...