Les Grecs appelaient «Iberoï» (Ibères) des tribus dont l’habitat s’étendait le l’Andalousie à l’actuel Languedoc via la côte orientale de l’Espagne.
Ces Ibères ont laissé des témoignages d’un art vigoureux dont le Grand Palais de Paris expose 350 pièces environ. Ces dernières se retrouveront l’année prochaine à Barcelone puis à Bonn.
Les premières traces de cette population de langue non indo-européenne remontent au IXe siècle av. J.C. Les Phéniciens au VIIIe siècle, puis les Grecs (Phocéens) un siècle plus tard, développeront avec eux des échanges artistiques et commerciaux.
Ce premier art de l’Espagne est une trouvaille récente. Les premiers témoignages en ont, en effet, été exhumés à la fin du siècle dernier. C’est pourquoi sa connaissance reste encore en devenir.
Ainsi, le plus bel ensemble sculpté que l’on en connaisse (du Cerillo Blanco de Porcuna à Jaen) n’a été découvert qu’entre 1975 et 1979.
Comme d’autres sociétés de ces temps antiques, les Ibères s’organisent en structures très hiérarchisées et se regroupent au sein de cités princières fortifiées.
Cette organisation – qui vient rompre avec l’image d’une terre sauvage à peine civilisée – facilitera le travail des Romains quand ceux-ci intégreront la péninsule à leur empire au début du IIe s. av. J.C..
Comme «Guernica»
«Le milieu ibérique a sélectionné des éléments orientaux et des traits issus de l’archaïsme et du premier classicisme grec, puis des éléments puniques et italiques pour les introduire dans son propre creuset», expliquent les commissaires de l’exposition dans le catalogue.
Mais, ajoutent-ils, «si ce milieu ibérique affiche un lexique formel autonome, cela est dû pour une large part au fait que son cheminement vers la civilisation avait débuté bien avant».
Ces deux aspects de l’art ibérique – fait d’autonomie et d’influences multiples – constitueront les deux voies de recherche des érudits durant le XXe siècle, avec le souci par ailleurs de clarifier sa chronologie.
C’est par la découverte de la Dame d’Elche, en août 1897, que l’art ibère sera véritablement révélé au monde. l’œuvre sera immédiatement acquise par le Louvre.
Mais elle repartira en Espagne en 1941, plus précisément au Musée archéologique de Madrid, en échange de peintures de Goya et de Velasquez entre autres.
Pour n’en plus sortir. C’est pourquoi c’est un moulage du début du siècle qui est présenté au public parisien, avec des traces de peinture qui ne rappellent que de très loin la polychromie passée de l’original.
«C’est comme le ‘Guernica’ de (Pablo) Picasso, les Espagnols ne veulent pas la sortir à l’étranger. C’est pour eux quelques chose d’aussi emblématique que pour nous la Joconde», a observé Pierre Rouillard, du CNRS, l’un des commissaires.
La sculpture représente un visage féminin hiératique, encadré par deux rouelles sur lesquelles s’enroule les cheveux. Un lourd pectoral à pendeloques est pendu à son cou.
Cette Dame est devenue un véritable symbole national, au point que la ville d’Elche réclame son retour. «En août dernier, pour le centenaire de la découverte, ils (les gens d’Elche) ont transformé la Madone en Dame d’Elche et ils ont élu une Miss Elche», dit Jean-Pierre Mohen, autre commissaire.
Passion
La Dame est d’un style naturaliste qui détone par rapport aux autres pièces. Au point que son authenticité a été mise en doute par un professeur d’Histoire de l’Art américain.
«Il s’est livré à un exercice d’iconographie académique qui en soi n’est pas inintéressant mais qui est très abstrait», a jugé Mohen, par ailleurs directeur du laboratoire de recherches des musées de France. Chose étrange, les Espagnols ne se sont apparemment livrés à aucun examen d’authentification.
«Les Espagnols n’y touchent pas car il y a un tel climat de passion autour de la Dame qu’ils préfèrent attendre que ça se calme», a ajouté Mohen.
Dix années auront été nécessaires pour monter cette exposition, a-t-il rappelé. «L’art ibère, personne ne savait ce que c’était et ça ne faisait pas rêver», a-t-il dit. «Les œuvres en outre étaient très dispersées et cet art lui-même n’avait donné lieu à aucune synthèse. L’exposition a provoqué de nouvelles restaurations et de nouvelles présentations des œuvres».
Comme c’est le cas des sculptures monumentales de calcaire du Cerillo Blanco. Le public peut aussi découvrir une splendide tête de loup en grés, le loup étant l’un des animaux favoris du bestiaire ibérique avec le taureau, et aussi le lion, dont l’exposition offre plusieurs représentations toutes en puissance et nervosité.
A côté de la grande statuaire, qui mêle grandes masses géométriques et détails naturalistes, de petits bronzes, des céramiques et de superbes pièces de joaillerie illustrent chacun à leur manière un art à découvrir; (Reuters)

