Avec cette fusion sous forme d’échange d’actions — la plus importante en terme de coût d’acquisition de l’histoire bancaire américaine —, ces deux banques vont former le plus important établissement bancaire de la côte est des Etats-Unis en terme de nombre de clients (16 millions) et de guichets (2.766).
First Union, qui procède à sa neuvième acquisition en près de huit ans, est maintenant la sixième banque du pays avec plus de 200 milliards de dollars d’actifs si l’on tient compte de l’acquisition de Corestates, annoncée mardi, et de Signet Banking, annoncée en juillet.
La croissance de First Union est un nouvel exemple de la restructuration du secteur bancaire aux Etats-Unis. Il y a actuellement dans le pays près de 9.500 banques commerciales pour plus de 14.000 en 1980. Mais dix banques seulement dépassent les 100 milliards de dollars d’actifs.
La côte est est en avance dans ce processus, en raison de la concentration de la population dans les grandes villes comme New York, Philadelphie, Baltimore, Boston et Washington.
First Union va ainsi transférer son siège de Charlotte (Caroline du Nord) à Philadelphie (Pennsylvanie), où est implantée Corestates, qui se targue d’être l’une des plus anciennes banques américaines.
La plus grande opération de rapprochement avant First Union et Corestates concernait Nationsbank (Caroline du Nord) et Barnett Banks (Floride), pour 15,5 milliards de dollars. Quatre fusions bancaires ont dépassé depuis la mi-1995 dix milliards de dollars, et Corestates avait reçu, avant d’accepter l’offre de First Union, une proposition de Mellon Bank pour 18 milliards de dollars.
La modification progressive de la législation bancaire américaine explique ces regroupements. La loi Glass-Steagall, datant de 1933, sépare de façon très stricte les activités d’assurance, de banque commerciale et de maison de titres, mais a été progressivement assouplie.
Les banques commerciales peuvent depuis la fin 1996 réaliser 25% de leur chiffre d’affaires dans les titres et services boursiers, et plusieurs d’entre elles ont acquis depuis des maisons de titres et sociétés de courtage.
Le même phénomène se produit entre sociétés d’assurances et maisons de titres, comme l’a montré en septembre le rachat par le groupe Travelers (assurance, services financiers) de Salomon Brothers pour 9 milliards de dollars.
Mais les métiers de l’assurance et de la banque restent encore très séparés. Les banques commerciales ne peuvent proposer des services d’assurances que dans les villes de moins de 5.000 habitants.
Les discussions au Congrès sur l’abrogation définitive de la loi Glass-Steagall sont pour l’instant bloquées à la suite de la pression très forte exercée par les courtiers d’assurances qui veulent conserver leurs privilèges. Une avancée n’est pas attendue avant l’année prochaine.
Mais tous les moyens sont bons pour accélérer le mouvement. La loi Glass-Steagall ne s’applique pas aux caisses d’épargne et en conséquence les principales sociétés d’assurances et maisons de titres ont déposé ces derniers 18 mois des demandes pour constituer des «chartes d’épargne», ce qui leur donne en principe la possibilité d’acquérir des banques commerciales.
Travelers a fait une demande de charte d’épargne en mai 1997, celle de Merrill Lynch a été acceptée en mai. Les sociétés d’assurances ont suivi l’exemple, ce qui laisse augurer d’une concentration encore plus poussée entre métiers de la banque, de l’assurance et de la finance aux Etats-Unis quel que soit le sort de la loi Glass-Steagall. (AFP)


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