Certains voient aujourd’hui l’inébranlable couple royal comme le symbole de l’aliénation au service du protocole, par opposition aux divorces des «femmes libres» Diana et Sarah ou encore au refus de Charles de renoncer à l’adultère.
En 1947, le mariage de l’héritière du trône n’avait pas fait l’unanimité.
40% des lecteurs du Sunday Pictorial y étaient à l’époque opposés, souhaitant pour Elizabeth un mari britannique et non un Greco-germano-danois, fut-il descendant de Victoria.
Les fastes de la cérémonie, à une époque où le pays connaissait ses pires privations depuis le début de la guerre, avaient choqué.
«Tout banquet ou étalage de richesse au mariage de votre fille serait une insulte au peuple britannique», avaient écrit au roi George VI des délégués syndicaux.
Les caisses du gouvernement travailliste étaient vides, les Britanniques se contentaient d’un kilo de pommes de terre et de trois onces de bacon par semaine et le chancelier Hugh Dalton lançait la formule d’un «annus horrendus».
Mais le mariage, le 20 novembre, allait être accueilli par des centaines de milliers de personnes accourues de tout le royaume comme «un éclat de couleur sur une route difficile», selon la formule de Churchill.
Des dizaines de femmes envoyèrent à Elizabeth en cadeau de mariage ce trésor de l’époque: des bas nylon.
Le pays avait besoin de tous ses bras et le gouvernement ne voulut pas accorder, sauf aux écoliers, un jour chômé.
Une robe à... 300 coupons
Mais, soucieux d’accompagner le relèvement du moral des Britanniques, il accorda à la jeune mariée une allocation exceptionnelle de 300 coupons de rationnement pour faire sa robe. Il laissa la facture de la cérémonie à son père, qui y toléra des invités en simple costume de ville.
Les principales difficultés avaient été aplanies: Philip s’était fait sujet britannique, il avait abandonné son titre de prince de Grèce, son nom de Battenberg pour celui de Mountbatten et s’était fait anglican.
Ses trois sœurs, mariées à des Allemands, dont une à un colonel SS proche de Himmler, n’avaient pas été invitées.
Les gazettes rapportaient les détails d’une idylle qui avait vu une princesse de 13 ans tomber amoureuse de son beau cousin officier de marine, et convaincre son père qu’elle pourrait épouser un homme sans le sou.
La messe à Westminster, en présence de 2.500 invités dont six rois et sept reines, avait été le premier mariage royal jamais filmé. Les Britanniques avaient pu entendre à la radio le «oui» décidé d’Elizabeth.
Pour le couple commençait une vie itinérante d’une base navale à l’autre.
En 1952, le duc obtint son premier commandement à Malte, où Elizabeth se rendit pour la première fois chez un coiffeur.
La même année, alors que le couple remplace les souverains pour une tournée du Commonwealth, le roi George meurt.
Elizabeth devient reine et Philip apprend à jamais à marcher deux pas derrière elle.
Nombreux sont ses biographes à considérer que la tolérance royale aux éclats de colère de son mari est une sorte de compensation que la reine offre en privé à son ombrageux mari.
Il en va autrement en public. «Philip, de grâce, taisez-vous, vous ne savez pas de quoi vous parlez», lui lance-t-elle un jour devant le premier ministre australien Bob Hawke.
A la différence d’un prince Albert mis au courant de tout par Victoria, Philip n’aura jamais accès aux «boîtes rouges» qui contiennent les documents confidentiels destinés à la reine, ni aux entrevues avec les premiers ministres. (AFP)


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