La première visite d’un secrétaire d’Etat américain dans la région depuis 1983, s’est déroulée en coup de vent, et New Delhi, Islamabad et Dhaka attendront une visite prévue du président Bill Clinton au premier trimestre 1998 pour un dialogue de fond avec Washington.
Mme Albright a quitté l’Inde mercredi après un séjour de 22 heures pendant lequel elle a passé le plus clair de son temps au téléphone avec Washington, Moscou, Londres et Paris, entre autres, à discuter d’une solution au conflit avec Bagdad sur les inspections de désarmement.
Son étape au Pakistan, juste avant New Delhi, avait également été raccourcie en raison d’une tournée de dernière minute consacrée à l’Irak dans les pays du Golfe. Quant à une visite prévue jeudi au Bangladesh, elle a purement et simplement été annulée.
Le «dialogue stratégique» américano-indien voulu par les deux pays après des décennies de méfiance réciproque s’est résumé à un entretien de 90 minutes — «substantiel et fructueux», selon l’agence indienne PTI — avec le premier ministre Inder Kumar Gujral, dont le gouvernement est très instable, et une brève rencontre avec des parlementaires.
Les échanges commerciaux
Mme Albright, dont une conférence de presse a été annulée, n’est pas allée comme prévu à Agra, au célèbre Taj Mahal, où devait être signé un accord en matière d’environnement pour la protection de ce célèbre monument moghol du 17e siècle menacé par la pollution industrielle.
Il s’agissait pour le secrétaire d’Etat de montrer que le dialogue indo-américain allait désormais au-delà des traditionnelles récriminations sur la non-coopération de l’Inde en matière de prolifération nucléaire héritées de l’époque de la guerre froide lors de laquelle New Delhi fut l’allié de Moscou et champion anti-américain des non-alignés.
Mme Albright devait tout de même rappeler aux dirigeants indiens la priorité que Washington donne à la non-prolifération.
Si une rencontre avec des hommes d’affaires indiens est passée à la trappe, un accord sur la protection et la promotion des investissements a tout de même été signé par Mme Albright et le ministre des Finances réformiste Palaniappan Chidambaram, visant à un développement des échanges commerciaux.
Les Etats-Unis sont le premier partenaire commercial de l’Inde (plus de 10 milliards de dollars en 1996) mais ce pays a besoin d’énormes investissements étrangers notamment dans le domaine des infrastructures et de l’énergie, où tout ou presque reste à faire, alors que les Etats-Unis veulent continuer à se placer sur ce marché de 970 millions d’habitants, soit un cinquième de l’humanité, certes toujours potentiel mais prometteur.
Mme Albright a d’autre part signé un accord mettant en place un forum de scientifiques des deux pays visant à promouvoir la coopération pour la recherche, en déclin ces dernières années.
Elle a expliqué à des parlementaires que les Etats-Unis voulaient une «solution pacifique entre l’Inde et le Pakistan» à la question du Cachemire. Washington avait souligné avant cette visite vouloir encourager à un dialogue, mais ne proposer de médiation qu’à la demande des deux pays.
A l’inverse d’Islamabad, New Delhi refuse toute internationalisation de la question du Cachemire coupé en deux depuis la partition Inde-Pakistan de 1947.
Le secrétaire d’Etat a assuré aux parlementaires indiens que les Etats-Unis n’avaient «aucun désir de punir le peuple irakien» mais voulaient faire en sorte que Bagdad se conforme aux résolutions de l’ONU. L’Inde s’est exprimé contre toute intervention militaire contre l’Irak. (AFP)


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