Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Les quinze en tête d'une définition du chômage


Qu’est-ce qu’un chômeur? Les dirigeants européens arrêteront vendredi à Luxembourg une stratégie pour l’emploi sans même disposer d’une définition commune sur le sujet, comme le démontrent leurs statistiques aussi disparates que leurs options politiques.

Un coup d’œil comparé aux chiffres fournis par Eurostat et à ceux des Etats membres a de quoi donner le tournis.
L’Espagne connaissait-elle en septembre un taux de chômage de 19,9% — le chiffre Eurostat, qui la place à une peu enviable première place européenne — ou de 12,7% — le chiffre espagnol, certes élevé, mais comparable à celui de la France — 12,5%?
Les Britanniques sont-ils réellement les champions d’Europe de la création d’emplois grâce à la «flexibilité» — ils présentent un chiffre de 5,3% après 20 baisses mensuelles consécutives —, ou bien la situation est-elle un peu moins rose, comme tend à le démontrer le chiffre européen de 7,2%?
Pourquoi les Belges noircissent-ils le tableau en affirmant que 13,8% de leur population active est au chômage, alors qu’Eurostat n’en dénombre que 9,5%?
Les différences s’expliquent pour l’essentiel par la différence des méthodes de calcul.
Eurostat utilise la technique recommandée par le Bureau international du travail (BIT), basée sur des enquêtes actives menées auprès d’un échantillon représentatif.
On demande aux personnes de plus de 15 ans si elles ont travaillé la semaine précédente, si elles sont disponibles pour travailler dans les deux semaines suivantes et si elles ont recherché un emploi pendant les quatre semaines écoulées.
En revanche, la plupart des pays de l’Union européenne comptabilisent les demandeurs d’emploi qui se font enregistrer auprès de leur agence nationale pour l’emploi.
«C’est un peu la différence qu’on obtiendrait en comptant les gens qui sont malades ou ceux qui vont chez le médecin», explique André Persenaire, expert du dossier à Eurostat.

Question de culture

La France, quant à elle publie deux indicateurs, dont un basé sur la méthode Eurostat est généralement retenu.
Dans certains pays, comme en Belgique, où les généreuses allocations de chômage sont octroyées sans limite dans le temps, les demandeurs d’emploi ont donc tout intérêt à s’inscrire.
Cela explique pourquoi les Belges font état d’un taux élevé, alors qu’Eurostat constate que les personnes réellement à la recherche d’un travail sont beaucoup moins nombreuses, notamment pour les femmes au foyer qui se satisfont des allocations.
La faiblesse et la brièveté de l’indemnisation du chômage au Royaume-Uni et en Espagne permet à l’inverse de comprendre pourquoi leurs taux sont moins élevés que ceux d’Eurostat.
«On s’inscrit sur les listes seulement si l’on y trouve un avantage», estime Werner Heinz, un expert qui travaille pour le ministère allemand des Affaires sociales et de l’Emploi. «Beaucoup de gens n’en voient pas l’utilité».
«Les statistiques traduisent donc assez fidèlement les choix en matière de traitement social du chômage.
L’importance de la population rurale joue un rôle, par exemple dans des pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal.«Il n’est pas dans la nature des gens qui ont une culture rurale de demander l’aide de l’Etat», dit André Persenaire.
La législation sur les retraites n’est pas sans impact: si les années passées au chômage sont comptabilisées dans le calcul de la retraite, les inscriptions en seront accrues.
La définition du BIT exclut par exemple les femmes enceintes qui arrivent au terme de leur grossesse — elles n’ont pas l’intention de chercher activement du travail — mais inclut les étudiants qui ont terminé leurs études et sont sans travail.
Les divergences réelles sont telles que l’on peut comprendre pourquoi les Quinze ne pourront afficher à Luxembourg des objectifs communs dans la lutte contre le chômage, comme pour la création d’emplois ou un pourcentage de formation.
A Luxembourg, on se contentera donc d’objectifs en tendance, les Etats-membres présentant des plans nationaux qui, eux, seront chiffrés, et les progrès seront examinés en commun.
«On devrait commencer par harmoniser les statistiques en matière de chômage», a estimé Norbert Blum, ministre allemand des Affaires sociales et de l’emploi. (Reuters)

Qu’est-ce qu’un chômeur? Les dirigeants européens arrêteront vendredi à Luxembourg une stratégie pour l’emploi sans même disposer d’une définition commune sur le sujet, comme le démontrent leurs statistiques aussi disparates que leurs options politiques.Un coup d’œil comparé aux chiffres fournis par Eurostat et à ceux des Etats membres a de quoi donner le tournis.L’Espagne connaissait-elle en septembre un taux de chômage de 19,9% — le chiffre Eurostat, qui la place à une peu enviable première place européenne — ou de 12,7% — le chiffre espagnol, certes élevé, mais comparable à celui de la France — 12,5%?Les Britanniques sont-ils réellement les champions d’Europe de la création d’emplois grâce à la «flexibilité» — ils présentent un chiffre de 5,3% après 20 baisses mensuelles...