M. Erbakan n’a fait aucune déclaration en arrivant à la Cour. Son audition, qui pourrait se prolonger jusqu’à mercredi selon son entourage, est l’avant-dernière étape de la procédure judiciaire ouverte le 21 mai dernier contre le Refah par le procureur de la Cour de cassation, Vural Savas, qui a réclamé sa dissolution.
La décision de la cour est attendue avant la fin de l’année, la plupart des analystes prédisant une dissolution.
M. Erbakan devait faire cette dernière déposition orale le 11 novembre mais il avait obtenu un délai supplémentaire d’une semaine, pour préparer sa réponse à des arguments nouveaux présentés par M. Savas.
En raison de son âge (71 ans), M. Erbakan a été autorisé à déposer assis, devant les onze membres de la Cour constitutionnelle, organe habilité à dissoudre les partis politiques.
Dans l’acte d’accusation, M. Savas, plus haut procureur de Turquie, a accusé le Refah d’être «un foyer d’activités incompatibles avec la laïcité de l’Etat».
«Aucun parti, en Turquie ou à l’étranger, n’a mérité autant que le Refah d’être dissous», avait dit M. Savas la semaine dernière devant la Cour constitutionnelle.
Effet boomerang
Le dossier du procureur rassemble notamment de nombreuses déclarations faites par M. Erbakan ou ses collaborateurs, qui trahissent selon lui leur hostilité au régime laïc.
M. Erbakan avait ainsi affirmé, avant son arrivée au pouvoir en juin1996, que l’«ordre juste», préconisé par le Refah, «s’imposera de toute façon, la question étant de savoir si ce sera pacifiquement ou par le sang».
Plus récemment, M. Erbakan avait encouragé ses partisans à verser de l’argent à la chaîne de télévision privée (pro-Refah) Kanal 7 afin de «favoriser le Jihad» (guerre sainte pour l’islam).
Pour leur part, les dirigeants du Refah affirment défendre les principes de la démocratie. «Nous ne défendrons pas le Refah mais la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit», avait déclaré le 11 novembre Oguzhan Asilturk, un des ténors du parti.
«Une guerre psychologique est menée contre nous, a déclaré Adbdullah Gul, autre figure du parti et ancien ministre. «Mais nous lutterons et nous gagnerons car nous avons le soutien du peuple».
Une éventuelle dissolution «aurait certainement un effet boomerang», a-t-il ajouté, arguant que dans les précédents cas de dissolution de partis politiques en Turquie, les partis dissous, une fois reconstitués sous un autre nom, ont toujours fait de bons scores aux élections suivantes.
En prévision d’une dissolution, les dirigeants du Refah ont déjà préparé la création d’une autre formation politique islamiste, a-t-on laissé entendre dans l’entourage de M. Erbakan.
Le Refah accuse l’armée de l’avoir chassé du pouvoir de manière non démocratique et affirme qu’une telle procédure de dissolution ne pourrait avoir lieu dans aucun pays de l’Union européenne, à laquelle la Turquie aspire à adhérer.
M. Erbakan, qui était devenu en juin 1996 le premier ministre islamiste depuis la fondation de la république laïque, avait dû démissionner le 18 juin dernier sous la pression de l’armée et des autres milieux pro-laïcs hostiles à la présence d’islamistes au pouvoir. (AFP)


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