«La voie vers le sommet de Luxembourg est dégagée», a déclaré le commissaire européen aux Affaires sociales, Padraig Flynn, à l’issue de cette réunion extraordinaire.
«On ne va pas dire aujourd’hui que c’est l’Europe sociale dont on rêve depuis vingt ans, mais c’est une première étape tout à fait conséquente», a renchéri le ministre français des Affaires sociales Martine Aubry en évoquant le «modèle européen».
Les Quinze ont approuvé les grandes lignes de la stratégie de lutte contre le chômage proposée par la présidence luxembourgeoise de l’Union européenne, y compris l’Allemagne et l’Espagne, qui s’étaient montrées jusqu’ici très réservées.
Le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui est également ministre des Finances et des Affaires sociales, a cherché un compromis en diluant les ambitieuses propositions présentées par la Commission européenne en octobre dernier.
Mais s’il a admis que ses propositions ne reflétaient pas les «idéaux» des plus enthousiastes, il a défendu le compromis.
«Le sommet de vendredi ne sera pas un sommet littéraire parce que tout le monde veut des objectifs concrets», a estimé M. Juncker.
La formulation retenue, qui doit encore faire l’objet des derniers arbitrages au sommet, évite tout carcan réellement contraignant, les «lignes directrices» européennes devant être «adaptées à la situation propre à chaque Etat membre» avec des «accents différenciés adaptés à la situation de chacun» et «sans mettre en cause la nécessaire discipline budgétaire».
Ne subsisteraient que trois objectifs majeurs au niveau européen, sans calendrier précis pour leur application, puisqu’elle se fera «dans un délai à fixer par chaque Etat».
Tous les jeunes qui se retrouvent au chômage devraient se voir offrir dans les six mois «un nouveau départ» qui se ferait «sous forme d’emploi, de formation, de reconversion».
Les adultes devraient quant à eux se voir offrir les mêmes mesures avant qu’ils n’aient été pendant 12 mois au chômage.
Prendre le train
Enfin, la formation, qui ne touche actuellement que 10% des chômeurs en moyenne dans l’UE, devrait être accrue pour améliorer l’employabilité et les Quinze devraient se fixer pour but d’atteindre un niveau proche des trois meilleures performances de l’UE, qui représente un taux «d’environ 25%».
Si les deux premiers objectifs seront vraisemblablement retenus, l’Allemagne et l’Espagne tentent encore de réduire à 20% ou moins le pourcentage prévu pour la formation.
La proposition luxembourgeoise insiste sur la nécessité de renverser la tendance à l’augmentation des charges qui pèsent sur le travail peu qualifié.
L’organisation du travail est abordée par la référence aux «formules de travail flexibles» et à la nécessité d’une plus grande «adaptabilité» grâce à des accords sectoriels qui «peuvent porter sur l’annulation du temps de travail, la réduction du temps de travail, la réduction des heures supplémentaires et le développement du temps partiel».
L’Allemagne et l’Espagne, qui redoutaient la fixation d’objectifs quantifiés, ont fini par les accepter «quand ils ont compris qu’ils devaient prendre le train avec les autres», a dit le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn.
D’autres pays, dont la France et la Suède, auraient pour leur part souhaité un document plus ambitieux et des quantifications plus contraignantes pour lancer le signal de la mobilisation dans la lutte contre le chômage.
Mais ils se consolent grâce à l’adoption d’une «méthode» qui, à l’image de ce qui s’est passé pour l’Union économique et monétaire (UEM), impliquera une obligation de résultat.
«Ce qui est important, c’est que le sommet de Luxembourg est le premier d’une longue série», a estimé Dominique Strauss-Kahn.
Les Quinze devraient en effet présenter en juin à Cardiff des plans nationaux pour se mettre en conformité avec les objectifs européens, et le premier jugement de leurs pairs sur les progrès réalisés sera donné en décembre 1998 à Vienne. (Reuters)

