La présidente des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic, 67 ans, est une ultra-nationaliste ayant choisi de coopérer avec l’Occident dans sa lutte contre les «durs» de Pale qui l’avaient propulsée sur le devant de la scène politique.
Lorsque Radovan Karadzic, contraint par la communauté internationale de s’éclipser, lui confère les pleins pouvoirs en juin 1996, elle est réputée pour son intransigeance, qui lui vaut le surnom de «dame de fer».
«Le nettoyage ethnique est un phénomène naturel et non un crime de guerre», avait-elle dit en 1993, ajoutant: «j’aimerais que l’est de la Bosnie soit complètement nettoyé des musulmans».
Slobodan Milosevic, alors président de la Serbie, déclarera que la place de Mme Plavsic est «plutôt à l’hôpital», après l’avoir entendu dire que «si six millions de Serbes devaient mourir sur le champ de bataille, il en resterait six millions pour cueillir les fruits de leur lutte».
Biologiste de formation — elle a fait des études aux Etats-Unis , membre du Parti démocratique (SDS) de Karadzic depuis sa fondation en 1990 — elle en sera exclue l’été dernier —, Mme Plavsic est issue d’une famille de la haute bourgoisie, orthodoxe, anticommuniste et royaliste.
Sa volte-face surprendra tout le monde. Elue en septembre 1996 présidente de la Republika Srpska (RS, entité serbe de Bosnie), elle proclame que l’application des accords de paix de Dayton sera sa «priorité». «Les accords de Dayton nous confèrent une part de souveraineté, mais aussi l’obligation de vivre dans un Etat (la Bosnie Herzégovine) qui n’est pas à notre goût», dira-t-elle.
Mme Plavsic avait pourtant été la première à fustiger ce document au lendemain de sa signature, le 14 décembre 1995 à Paris.
Confinée dans son bureau de Banja Luka (nord-ouest), principale ville de la RS, Mme Plavsic s’attaquera à ceux qui lui avaient témoigné une confiance aveugle et qu’elle traitera désormais de «fascistes», «criminels» et «profiteurs de guerre».
Elle sortira victorieuse d’un bras de fer avec le général Ratko Mladic, jusqu’alors tout-puissant chef militaire des Serbes de Bosnie, qu’elle limogera en raison de son inculpation pour crimes de guerre par la justice internationale.
Pour asseoir son pouvoir, elle provoquera une scission au sein de la police. Avec l’appui des soldats britanniques de la Force de stabilisation (SFOR), les agents de la présidente s’empareront des sièges de la police de Banja Luka et Prijedor, autre grande ville du nord.
Accusée par le nouveau chef d’état-major, le général Pero Colic, de «diviser l’armée», Mme Plavsic obtiendra le soutien tacite du principal corps d’armée, basé à Banja Luka.
Elle déplacera l’affrontement sur le terrain des médias. La SFOR l’aidera à prendre le contrôle de plusieurs émetteurs de télévision, utilisés par les dirigeants de Pale pour déverser leur propagande hostile à la communauté internationale.
Pour tenter de désamorcer la crise, Mme Plavsic a dissous le Parlement de la RS en juillet. Les élus de Pale, qui l’accusent de «trahison» et d’avoir fait de la SFOR une «force d’occupation», n’ont rien voulu entendre et la Cour constitutionnelle qui leur est inféodée a annulé le décret présidentiel.
Soutenue par l’Occident, Mme Plavsic a finalement obtenu gain de cause et des législatives anticipées, supervisées par la communauté internationale, auront lieu les 22 et 23 novembre. (AFP)


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