Pour les gros consommateurs de communications internationales, c’est l’aubaine: via Internet, la communication vers Tokyo ou Hong Kong revient au prix d’un appel local, pourvu que l’on soit abonné auprès d’un fournisseur d’accès pour une centaine de francs par mois.
Les grands opérateurs de téléphone comme Deutsche Telekom, France Télécom, ou les américains ATT et MCI ont pris la mesure du défi que le téléphone sur Internet représente pour eux et testent tous les nouveaux matériels.
Mais, pour l’instant, l’initiative vient des «start up», ces jeunes sociétés américaines cotées en bourse, comme Natural Microsystems (NMS), Vocaltec, pionnier de la téléphonie sur Internet dont Deutsche Telekom a pris 20%, ou encore E Fusion (dont sont actionnaires France Télécom, ATT, Microsoft, Telecom Italia et Intel).
Plusieurs sociétés proposent désormais des solutions permettant de passer des communications sur Internet à partir d’un simple téléphone, sans équipement informatique coûteux.
Cette technique, appelée «phone to phone Internet», contourne le problème de l’équipement en ordinateurs, encore faible en France, et pourrait permettre un décollage du téléphone sur Internet.
Il suffit d’appeler à partir de son téléphone un ordinateur qui joue le rôle de passerelle vers Internet. En France, la jeune société Aplio va commercialiser un boîtier (à près de 2.000 F) qui permettra de basculer la communication sur Internet, pourvu que l’interlocuteur ait lui aussi un boîtier.
La qualité du téléphone sur Internet reste toutefois médiocre, avec un décalage du type «talkie walkie» dû au temps de transmission, et des hachures lorsque le réseau perd des «paquets» de données en route.
Dans un premier temps, la téléphonie sur Internet devrait donc rester circonscrite à des publics spécifiques (étudiants ou familles éclatées entre plusieurs pays) avides de communications à bas prix et peu regardants sur la qualité.
Gegetel compte expérimenter au deuxième semestre de 1998 des services de téléphonie sur Internet, avec pour objectif une commercialisation en 1999.
France Télécom devrait également lancer en 1998 une expérimentation grandeur nature auprès d’un panel de clients.
Certains, comme le vice-président d’ATT Tom Evslin, estiment que la majorité des services longue distance et internationaux passeront sur Internet dans cinq à dix ans. MCI, second opérateur longue distance aux Etats-Unis, croit même que ce sera le cas en 2000.
D’ici là, la capacité du réseau devra être capable d’assumer un tel trafic, et c’est là que les grandes compagnies de téléphone pointent leur nez.
«On voit se profiler un modèle économique différent de l’actuel modèle d’Internet, où les opérateurs vont garantir la qualité du réseau en échange d’un prix plus élevé», estime M. Lions.
A plus long terme, dans cinq à dix ans, Internet aura totalement bouleversé l’architecture actuelle des télécoms. «La convergence des technologies va entraîner la fusion des réseaux du téléphone et d’Internet» prédit Yves Lions.
Les opérateurs se préparent activement à cette nouvelle donne, avec force rachats et fusions, comme celle lundi de MCI et Worldcom aux Etats-Unis, qui va créer un géant aussi puissant dans le téléphone que dans l’accès à Internet. (AFP)


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