«Radio Acadie», Lafayette, Lac Charles: la musique de nous les «Cadjins» jusqu’à 7h. ce matin mes amis!» Tous les jours à partir de 5h., Peter Bergeron, directeur de la programmation française sur KRVS, prend le micro de Radio Acadie, dans les locaux de l’université de Louisiane du Sud-Ouest (USL), à Lafayette.
Seul au milieu de l’énorme collection de disques de musique franco-louisianaise, roulant magnifiquement les «r», il parle des interprètes, donne les prévisions météorologiques, annonce les prochains spectacles.
Ils sont sept à assurer une présence française sur un rayon d’environ 130 kilomètres «du» Baton Rouge «au» Lac Charles et jusqu’à 64 kilomètres offshore au Sud et Alexandrie au Nord, tous les jours, dont le dimanche toute la journée. Ils le font, comme d’autres stations, avec ce que la culture franco-louisianaise a de plus populaire, en Louisiane et bien au-delà: sa musique.
Airs acadiens et
zarico créole
Celle-ci est vivace. Elle rythme la vie, les mariages, les fêtes, les incontournables bals du samedi soir («les fais-dodo») où, dans toutes les salles du pays, jeunes et vieux vont danser. Ses principaux instruments sont le violon, le triangle, la guitare et l’accordéon diatonique.
On y retrouve l’influence des chansons françaises, des airs des Acadiens chassés du Canada par les Anglais au XVIIIe siècle, de la musique africaine, antillaise et de la country.
Plus influencé par le jazz, le zarico (en anglais zydeco) des créoles est également très populaire.
Bergeron a répertorié quelque 2.000 groupes de musique cadienne depuis les années 1920 et des dizaines, voire des centaines existent actuellement. Depuis dix ans, le grand théâtre d’Eunice fait salle comble tous les samedis, pour une soirée dansante francophone diffusée à la radio et à la télévision.
Tony Latiolais, 45 ans, avec sa belle guitare espagnole, fait partie d’un de ces groupes: les Frères du Bassin ou Basin Brothers.
Francofêtes
Bien qu’il ait fait de nombreuses tournées à travers les Etats-Unis, il ne vit pas de la musique. Dans sa petite maison en bois de Butte la Rose, à une trentaine de kilomètres de Lafayette, dans les bayous, ces bras marécageux du Mississippi, il fabrique des pirogues et du «butin» (meubles). Il rénove de vieilles maisons, chasse le canard, pêche l’écrevisse.
Tony vit comme ont vécu bien des Cadiens (prononcé Cadjins) descendants des Acadiens installés dans les marécages de Louisiane. Il dit être le dernier à construire la pirogue en bois de «cipre», si légère qu’un homme peut la porter.
Les Indiens les fabriquaient d’un seul bloc mais depuis le début du siècle, «on peut aller couper des planches dans les gros villages avec la scie à bois», explique-t-il. Il est fier de dire qu’il a fabriqué un bateau pour le Smithsonian Institute à Washington.
Tony vient d’une famille de 12 enfants où l’on parlait toujours français. Son beau-frère, Ray Thibodeaux un moustachu rond, comprend le français mais ne peut le parler. «Dieu que c’est triste», soupire-t-il en anglais.
Soupe de riz
et écrivains
francophones
Non loin, dans un sac de toile, sèchent les feuilles de sassafras. Réduites en poudre, elles feront le «filé», assaisonnement du gombo, spécialité de la Louisiane. Cette soupe de riz aux fruits de mer n’est qu’un des multiples mets de l’excellente cuisine cadienne et créole de Louisiane qui fait fureur aux Etats-Unis.
La Louisiane a aussi ses écrivains d’expression française. Des nouvelles de John François, qui a enseigné toute sa vie l’histoire en anglais, aux poésies récemment publiées par David Cheramie, lui aussi enseignant, l’on découvre la richesse du français de Louisiane et l’amour que lui portent les Louisianais.
Pour célébrer toutes ces facettes de leur culture vivante, les Franco-Louisianais organiseront pendant 1999 les Francofêtes qui marqueront par des spectacles, conférences, réunions de familles acadiennes du monde dernier le tricentenaire de la Louisiane française. Des milliers de touristes francophones sont attendus. (AFP)


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