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Actualités - Analyse

Municipales : le gouvernement continue à défendre le principe des désignations...

La désignation d’édiles, prévue dans le projet gouvernemental concernant les municipales qui sont censées être des élections, soulève un tollé général et ne se trouve défendue que par les pôles du pouvoir dont, de toute évidence, elle doit servir les intérêts d’influence, rurale ou urbaine.
Ainsi le patriarche Sfeir, après une rencontre avec le président Hraoui, a condamné sans appel cette astuce antidémocratique. Cette prise de position, s’ajoutant à d’autres moins marquées, a eu tant d’impact parmi les députés que le ministre de l’Intérieur, M. Michel Murr, a cru devoir en rencontrer une trentaine pour plaider en faveur du texte dont il est l’auteur et les inciter à le voter tel quel.

Selon des témoins, «M. Murr a expliqué que les désignations ne sont pas «un danger de mainmise politique» comme certains le soutiennent car à l’en croire elles ne toucheraient que moins de 10% de l’ensemble des conseils municipaux. Selon ses chiffres, il y aurait en tout au Liban quelque 800 municipalités, dont une centaine dans l’enclave occupée et dans sa bordure, où il y aurait des désignations; pour le reste, a-t-il ajouté, soit pour quelque 700 agglomérations, pas de désignation… sauf dans les grandes villes, dans les villages à population déplacée et dans les villégiatures ce qui, affirme le ministre, ne fait pas plus de 40 municipalités».

Qui hébergent en réalité, le pouvoir omet de le signaler, les trois quarts de la population libanaise… «M. Murr, reprennent les députés cités, s’indigne qu’on puisse accuser le gouvernement d’avoir exprès établi un texte basé sur les désignations parce qu’il ne veut pas des élections municipales, répétant que c’est bien d’élections qu’il s’agit et que les exceptions sont imposées par des considérations évidentes d’intérêt national».
«Mais nous pensons pour notre part, indique un parlementaire, que le pouvoir qui avait clairement fait savoir par la loi de report qu’il ne voulait pas des municipales, du moins en tant qu’élections, n’a toujours pas changé d’avis. Contraint par le Conseil constitutionnel d’annuler le report, il a opté pour une formule piégée: il y aurait des élections qui n’en seraient pas et qui en outre lui permettraient de placer sous sa coupe toutes les municipalités intéressantes au point de vue de l’influence politique comme des gros contrats de travaux urbains! Laisser voter uniquement les habitants de 660 hameaux (pour reprendre les chiffres de M. Murr) qui ne comptent pas 600.000 âmes, soit autant que la seule banlieue-sud de Beyrouth, ce n’est pas vraiment faire le lit de la démocratie bien comprise. De toute façon, le pouvoir est gagnant: soit nous faisons passer le texte et il impose justement sa loi sur la scène des municipalités; soit nous le rejetons et alors il annule le projet des municipales, en nous en faisant assumer la responsabilité devant les foules qui y tiennent…».
D’autres sources révèlent que «l’opposition a alerté à tout hasard les Américains, si soucieux verbalement de démocratie, en leur signalant que le chef du gouvernement est attaché à cet abus que représenteraient les désignations, qu’il a même fait savoir son mécontentement aux ministres réfractaires aux désignations comme MM. Nadim Salem et Nicolas Fattouche. D’autres Occidentaux ont également été alertés et ils ont discrètement fait savoir aux autorités libanaises que le principe des désignations ne leur semble pas très démocratique ni très sain sur le plan de la stabilité politique intérieure du moment qu’il est visiblement très contesté par l’opinion publique. Les Syriens aussi, à en croire leurs derniers visiteurs, sont perplexes et affirment ne pas comprendre l’option gouvernementale, se proposant d’en parler lors de la prochaine réunion du Conseil supérieur mixte à Damas».

Entre amis

«Il semble en fait, poursuit cette personnalité, que les responsables concernés par le projet se montrent impatients ces derniers temps et que cela provoque des frictions même entre eux. Au cours d’un récent Conseil des ministres, le ministre d’Etat Michel Eddé a signalé qu’on faisait transférer au Kesrouan, plus précisément à Ballouné, les registres d’état civil de grecs-orthodoxes non résidents, ce qui risque d’entraîner des réactions populaires négatives. Le ministre de l’Intérieur a répondu qu’il n’y a pas de transfert et qu’à Ballouné seules trois familles grecques-orthodoxes, résidentes depuis toujours, sont inscrites. La discussion prenant un ton assez vif, le président du Conseil est intervenu pour proposer une solution: désormais chaque dossier de transfert devrait d’abord être approuvé par le Conseil des ministres… Et M. Murr n’a fait qu’un bond: tapant du poing sur la table, il a dit qu’une telle mesure serait une atteinte à la dignité du ministre de l’Intérieur et en réduirait les prérogatives. Il a ajouté que pour sa part il ne transmettrait aucun dossier au Conseil, même si cette instance prenait une décision dans ce sens, étant donné que la Constitution est claire en ce qui a trait aux attributions du ministre de l’Intérieur. M. Murr s’est exprimé sur un ton passionné, virulent et il a laissé entendre que toute l’affaire était soulevée pour le piéger en tant que ministre mais aussi en tant que leader orthodoxe».
«Il n’est pas exclu, que MM. Hariri et Murr jouent à malin et demi dans le cadre des municipales, l’un des deux — mais lequel — n’en voulant pas vraiment. On ne veut pas spéculer, mais on peut supposer que c’est celui qui rêve encore de présidentielles anticipées, pour clore son conflit récurrent avec Baabda, les municipales d’avril ne facilitant évidemment pas les choses pour lui puisqu’elles empêcheraient cet événement…», conclut cette imaginative personnalité qui oublie cependant que sur ordre des décideurs il n’est plus question de parler présidentielles avant la date légale, dans un an.

Ph.A-A.
La désignation d’édiles, prévue dans le projet gouvernemental concernant les municipales qui sont censées être des élections, soulève un tollé général et ne se trouve défendue que par les pôles du pouvoir dont, de toute évidence, elle doit servir les intérêts d’influence, rurale ou urbaine.Ainsi le patriarche Sfeir, après une rencontre avec le président Hraoui, a condamné sans appel cette astuce antidémocratique. Cette prise de position, s’ajoutant à d’autres moins marquées, a eu tant d’impact parmi les députés que le ministre de l’Intérieur, M. Michel Murr, a cru devoir en rencontrer une trentaine pour plaider en faveur du texte dont il est l’auteur et les inciter à le voter tel quel.Selon des témoins, «M. Murr a expliqué que les désignations ne sont pas «un danger de mainmise politique»...