Les ministres des Affaires étrangères des Quinze, réunis le week-end dernier dans la station thermale luxembourgoise de Mondorf, ont souhaité une rencontre avec leur homologue algérien Ahmed Attaf.
Le chef de la diplomatie du Grand Duché, Jacques Poos, dont le pays préside les réunions ministérielles de l’Union jusqu’à la fin de l’année, a été chargé de l’organiser et d’exprimer la «disponibilité» des Quinze «pour toute action demandée par les autorités algériennes».
«Nous encourageons le président Liamine Zéroual à élargir le dialogue à toutes les forces politiques qui rejettent la violence et à compléter la construction institutionnelle et la démocratisation de son pays», a-t-il commenté en annonçant cette mission au cours d’une conférence de presse.
Les autorités algériennes ont aussitôt réagi en convoquant l’ambassadeur du Luxembourg à Alger pour lui redire «la position intangible de l’Algérie en ce qui concerne les ingérences dans ses affaires intérieures, qu’elle rejette quelles qu’en soient l’origine et la forme».
«Aucun responsable n’a jamais proposé d’une manière claire une aide à l’Algérie pour affronter la crise», avait expliqué la semaine dernière le chef de la diplomatie algérienne pour justifier la position d’Alger.
Les Quinze avaient pourtant fait preuve d’une grande prudence pour exprimer leur position. Conscients de la difficulté de l’exercice, ils avaient pesé soigneusement chaque terme, ainsi que sa présentation, évitant de lui donner la forme d’une déclaration.
Jacques Poos, muni «des éléments de langage pour la presse», avait été mandaté par ses homologues pour la formuler. Le chef de la diplomatie française, Hubert Vedrine, avait ainsi pu se refuser à tout commentaire sur l’Algérie au cours de son point de presse.
Recul de
la démocratie
Le ministre français chargé des Affaires européennes, Pierre Moscovici, a en revanche mis les pieds dans le plat dimanche, estimant que les élections locales organisées jeudi dernier en Algérie avaient montré «un certain recul de la démocratie» par rapport au précédent scrutin.
Ce premier commentaire d’un membre du gouvernement français sur ces élections remportées par le parti du président Zéroual et contestées par la plupart des autres formations politiques algériennes, a conduit lundi la ministère des Affaires étrangères à une «explication de texte».
«Pierre Moscovici faisait référence au fait que nous avons noté les réclamations et les critiques qui ont été formulées à l’issue des élections locales», a déclaré le porte-parole du Quai d’Orsay, Jacques Rummelhardt.
La présidence luxembourgoise n’a pas réagi au nouveau refus opposé par les autorités algériennes. Or la crédibilité de l’Union européenne en tant que puissance politique est en jeu dans cette affaire.
Les images des massacres commis en Algérie ont en effet choqué l’opinion publique dans les pays de l’Union, qui ne se satisfait pas de l’obligation de non-ingérence et où le parallèle est fait avec la guerre dans l’ex-Yougoslavie.
L’incapacité des Quinze à intervenir pour mettre fin au conflit croato-serbe puis à la guerre en Bosnie-Herzégovine avait eu de graves conséquences pour la construction européenne en renforçant l’euroscepticisme dans la plupart des Etats membres. (AFP)


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