«Les programmes de persuasion auprès des femmes sont une perte de temps et d’argent», les hommes ayant tout pouvoir dans la région pour refuser d’utiliser des préservatifs et se montrant «très peu coopératifs», a remarqué Paula Kelly, coordinateur de l’organisation AIDS au Vietnam.
«L’insistance sur l’usage du préservatif peut même être un facteur de violence» entre hommes et femmes, explique-t-elle dans un rapport soumis au 4e congrès sur le sida qui s’est ouvert samedi à Manille. Les campagnes devraient être réorientées, observe Paula Kelly, pour viser les hommes plutôt que les femmes.
Des groupements religieux expriment une opposition farouche à l’usage du préservatif, a reconnu dimanche Peter Piot, directeur exécutif de UN Aids, au cours d’une conférence de presse, faisant allusion notamment aux objections émises par l’Eglise catholique sur l’utilisation des préservatifs.
Avant l’ouverture du 4e congrès Asie-Pacifique de Manille sur le sida, la Conférence nationale des évêques catholiques philippins a réitéré dans un communiqué son opposition à l’usage des préservatifs en faisant remarquer qu’ils ne suffisaient pas pour contenir les progrès de la maladie et qu’ils contribuaient «à la promiscuité».
L’organisation philippine catholique Pro-Life, de tendance très traditionnelle, a tenu les 24 et 25 octobre une convention nationale à Manille où a été réaffirmé le rejet des préservatifs comme protection et comme moyen de contrôle des naissances.
Dans certaines campagnes antisida, a souligné Peter Piot, dont en Tanzanie notamment, de nombreux prêtres et religieux sur le terrain ont pu être convaincus des avantages de l’utilisation des préservatifs dont ils ont même fait «la promotion».
«Mais plus haut vous montez dans la hiérarchie (de l’Eglise) et plus forte est la résistance à l’usage des préservatifs», a-t-il observé, ajoutant qu’il n’attendait pas que l’Eglise catholique aux Philippines et en Asie «fasse une promotion active» de ce mode de protection.
Ismat Bhuiya, chercheur au Conseil pour la Population du Bangladesh, a relevé que dans son pays à peine 4,4% de la population mâle sexuellement active a recours aux préservatifs malgré une campagne de promotion menée depuis 30 ans par son gouvernement.
Ismat Bhuiya a observé que ces campagnes étaient souvent perçues comme des «violations de la vie privée» et que les préservatifs étaient une cause d’«embarras», dans leur utilisation comme dans leurs modes de stockage.
David Dii Lyanda, membre du projet Santé Sexuelle en Papouasie Nouvelle-Guinée, a indiqué que seulement 20 magasins sur 78 vendaient des préservatifs sur les hauts plateaux, et que la moitié de la marchandise qui s’y écoulait était périmée.
Au Vietnam, a expliqué Ngoc Hai, membre du projet de UN Aids dans son pays, très peu de prostituées demandent à leurs clients de se protéger, «par timidité mais aussi pour les encourager à se montrer plus généreux».
En Indonésie, explique Anton Schneider de Futures Group, une campagne représentant une mascotte en forme de préservatif brandissant un bouclier de protection est parvenue à rehausser de 56% à 76% la proportion des prostituées utilisatrices. (AFP)

