Tout a commencé dans une arrière-cour berlinoise. En1847, un officier du roi de Prusse, Werner Siemens, 31 ans, invente une nouvelle génération de télégraphes, plus sûrs et plus rapides, qu’il commence à fabriquer.
Très vite, les affaires décollent. Génie de l’électrotechnique, Werner met au point dans la foulée la dynamo ainsi qu’une technique permettant d’isoler les câbles électriques, notamment en sous-sol, qui vont révolutionner le quotidien des générations futures.
L’ascenseur électrique, le tramway et bientôt le métro signés Siemens font leur apparition, sur fond de révolution industrielle. En 1881, Berlin se dote de la première ligne de tramway publique au monde. En 1896, le premier métro du continent européen est inauguré à Budapest.
De fil en aiguille, Siemens va associer son nom à tous les métiers touchant de près ou de loin à l’électricité (signalisation, électroménager…), une vocation qui va s’étendre jusqu’à la construction de centrales nucléaires et représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 100 milliards de marks (57 milliards de dollars).
Lancée avec une dizaine de personnes, la société compte 5.500 salariés en 1890, lorsque Werner, devenu «von Siemens», se retire au profit de son fils. Un siècle plus tard, elle a 386.000 salariés (au 30 juin 1997), dont près de la moitié à l’étranger.
Face à cette expansion continue, le groupe construit d’abord une véritable ville dans la ville à Berlin, «Siemensstadt», entre 1900 et les années 30, avec usines et logements, puis déplace son siège à Munich après 1945, lorsque Berlin se retrouve pris dans la tourmente de la Guerre froide.
Un empire
Avec 7% du capital, la famille Siemens, représentée par Peter Von Siemens, 60 ans, arrière-arrière-petit-fils de Werner, a toujours son mot à dire au sein du groupe. Elle a cédé toutefois la présidence du Conseil de surveillance en 1981.
Dès la fin du XIXe siècle, l’empire Siemens noue des contacts privilégiés avec la politique et le monde des finances. Sous le nazisme, les amitiés politiques tournent à la compromission. En 1932, Carl Friedrich von Siemens, patron du groupe depuis 1919, milite ouvertement pour la nomination d’Adolf Hitler à la chancellerie.
A partir de 1940, Siemens va recourir massivement aux travailleurs forcés, originaires de toute l’Europe, avec la bénédiction du régime. En 1942, il installe des ateliers à côté des camps de concentration de Ravensbrueck (nord de Berlin) et d’Auschwitz (Pologne), où il puise de la main-d’œuvre à volonté.
Les travailleurs forcés ont représenté jusqu’à 30% des effectifs de Siemens, accuse la Fédération des actionnaires critiques. Siemens reconnaît avoir employé de force 55.000 personnes, sur 244.000 ouvriers et employés.
Exploités, malmenés, bon nombre de ces esclaves sont morts de faim ou d’épuisement, estime la Fédération. Ceux qui ont survécu n’ont pour la plupart jamais reçu d’indemnisation, ajoute-t-elle.
Plusieurs associations, dont une présidée par l’ancien chef du Parti social-démocrate (SPD) Hans-Jochen Vogel, réclament un geste de Siemens à l’occasion de son 150e anniversaire.
Mais la direction refuse toute indemnisation, estimant que le recours aux travailleurs forcés relevait d’un système étatique et que des entreprises ne peuvent être tenues pour responsables de cette politique. (AFP)


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