C’est l’annonce par la Banque centrale de Hong Kong de la fermeture de son guichet pour les établissements soupçonnés de financer les attaques contre la monnaie locale qui a donné le signal de la panique, ravivant du même coup l’inquiétude sur la santé des économies dans la région.
L’indice Hang Seng de la Bourse de Hong Kong a clôturé sur une baisse de 1.211, 47 points (-10,4%), à 10.426,30 points, parvenant de justesse à se redresser au-dessus de la barre des 10.000 points sous laquelle il avait plongé à deux reprises au cours de cette folle journée.
Même la Bourse de Tokyo, qui obéit généralement à une logique indépendante des accès de fièvre sur les autres places asiatiques, a cédé 3%.
«Avec la chute des cours à Hong Kong, les inquiétudes sur les économies du Sud-Est asiatique sont reparties de plus belle», a souligné l’opérateur d’une maison de titres étrangère à Tokyo.
«Je ne toucherais pas à Hong Kong, même avec des pincettes», déclare l’économiste Richard Werner, un professeur associé de l’Université de Sophia à Tokyo. «Ce n’est qu’un début», estime-t-il, soulignant que la parité fixe entre le dollar de Hong Kong et le dollar américain que les autorités de Hong Kong s’évertuent à défendre «va nécessairement sauter».
Pour cet économiste, le scénario de Hong Kong est le même que celui déjà vu depuis le début de l’été en Thaïlande, en Indonésie, en Malaisie et que celui qu’a connu le Japon au début des années quatre-vingt dix: trop de prêts au secteur immobilier et trop d’endettement.
«Ce que nous voyons, c’est une récession qui va durer trois à cinq ans en Asie, y compris en Chine», a-t-il ajouté.
Dynamique de baisse
En dépit des efforts des autorités de Hong Kong, la monnaie locale a fortement reculé sur le marché des changes de Singapour où le dollar de Hong Kong a plongé à 7,7050 pour un dollar américain contre 7,495 en début de séance.
Le dollar de Singapour et le ringgit de Malaisie ont eux aussi été soumis à de fortes pressions , mais ont retrouvé de la vigueur sous l’effet conjugué d’une hausse des taux d’intérêt à Singapour et d’une intervention de la Banque centrale de la cité-Etat.
A Singapour, la Bourse a terminé sur un recul de 4,7%. «Toute la journée, nous n’avons entendu que «Vendez, vendez, vendez», a commenté un courtier. La baisse en clôture a atteint 3,4% à Kuala Lumpur et 2,2% à Djakarta. Le jeune marché boursier aux Philippines est tombé à un plus bas historique en cours de séance, terminant la séance sur un recul de 5%. La chute de la Bourse de Hong Kong a eu des répercussions jusqu’en Australie où la Bourse de Sydney a baissé jeudi de 2,2%.
Les marchés étaient fermés à Bangkok jeudi, jour férié en Thaïlande.
D’autres analystes au Japon ne cachaient pas leur pessimisme quant à la capacité du dollar de Hong Kong de tenir face aux attaques spéculatives ainsi que sur les conséquences de ce regain de tempête monétaire.
La lutte pour garder la parité fixe du dollar de Hong Kong «ne fait que commencer», soulignait à Tokyo M. Shunta Yamato, un analyste de Daiwa Institute of Research. «Le risque est maintenant plus grand d’une dévaluation forcée de la monnaie de Hong Kong», estime-t-il.
«La dynamique de baisse est beaucoup plus forte à Hong Kong (qu’ailleurs en Asie orientale) du fait du haut degré de dépendance de Hong Kong à l’égard du marché immobilier et financier», a-t-il dit. «Il est difficile de voir le fond» pour l’indice Hang Seng, d’autant que «la vraie bataille pour défendre la monnaie n’a fait que commencer», a-t-il dit.
Pour Toru Watanabe, analyste du Yamaichi Securities Economic Research Institute, il n’y a pas lieu d’être aussi pessimiste. «Nous n’avons pas l’intention de revoir notre stratégie d’investissements à Hong Kong sur la seule base des quelques scénarios que nous voyons à l’heure actuelle», a-t-il dit, jugeant Hong Kong en mesure de protéger sa monnaie. (AFP)


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