Un an après la «marche blanche», qui avait rassemblé à Bruxelles 300.000 Belges révoltés par les crimes commis par des pédophiles pervers — cinq cadavres retrouvés à ce jour — la lecture des journaux belges donne des frissons dans le dos.
Une nouvelle «maison de l’horreur», à l’image de celle des époux Frederick et Rosemary West à Gloucester, au Royaume-Uni, a été découverte le week-end dernier le long du lugubre canal de Bruxelles, au domicile d’un pasteur d’origine hongroise, Andras Pandy.
Dans une bâtisse délabrée de Molenbeek, la plus sinistre des 19 communes de Bruxelles, les enquêteurs ont exhumé des ossements humains et retrouvé dans des réfrigérateurs des grands morceaux de viande qu’ils craignent être d’origine humaine.
Le pasteur, qui est âgé de 70 ans, est tout simplement soupçonné par la police d’avoir fait disparaître ses deux épouses successives et quatre de ses enfants entre 1986 et 1989.
La justice belge, qui a inculpé l’homme d’assassinat malgré ses dénégations, s’est déclarée par la voix du porte-parole du parquet de Bruxelles, Jos Colpin, persuadée qu’Andras Pandy avait commis «des faits criminels en Belgique».
Le parquet a refusé de confirmer ou de démentir les informations de presse selon lesquelles une vingtaine de femmes hongroises auraient été hébergées dans le passé par le pasteur.
Mais les tribulations de l’homme de religion sont loin d’occuper tout l’espace réservé aux faits divers.
Alors que les villes restent relativement sûres par rapport à nombre d’autres capitales, pas un jour ne passe sans qu’éclate un nouveau scandale de pédophilie ou un crime sanglant.
«Le Soir» fait ainsi état de perquisitions menées le week-end dernier au collège Saint-Pierre, un respectable établissement jésuite des quartiers chics de Bruxelles, où des enseignants sont soupçonnés de pédophilie.
Protections
Quelques pages plus loin, on trouve le compte-rendu du procès en appel de quatre personnes qui abusaient d’enfants et qui les obligeaient dans certains cas à se prostituer.
La semaine dernière, une grand-mère de 55 ans a été condamnée à une peine de 10 années de prison pour avoir abusé sexuellement de ses trois petits-enfants.
Au cours des mois écoulés, la litanie des faits divers sanglants a semblé se dérouler sans fin.
Le «dépeceur de Mons», qui court toujours, a essaimé les restes d’au moins quatre femmes découpées de manière chirurgicale dans des sacs-poubelle déposés dans des lieux aux noms évocateurs — rivière de la Haine ou chemin de l’Inquiétude.
Les règlements de comptes politiques semblent eux aussi se faire par les armes: le patriarche socialiste André Cools a été assassiné en 1991 pour des raisons qui restent obscures.
A la fin des années 1980, 28 personnes ont trouvé la mort dans les «tueries du Brabant», une série de fusillades apparemment gratuites dans des supermarchés.
La réouverture de 20 dossiers de disparitions non élucidées à Bruxelles risque en outre de révéler de mauvaises surprises.
Face à cette avalanche, les autorités essayent de combattre l’image d’un pays violent où la paupérisation, surtout en Wallonie, aurait des effets pervers sur la moralité.
Mais le malaise de la population est d’autant plus grand qu’une commission parlementaire d’enquête, chargée de faire la vérité sur les assassinats d’enfants, expose chaque jour l’incompétence des enquêteurs et la guerre des polices.
A l’instar des conclusions de cette commission, les Belges hésitent entre la thèse de l’incompétence et celle de protections dont pourraient bénéficier les criminels dans un système gangrené par la corruption et le clientélisme.
«Les dysfonctionnements de l’appareil pénal belge posent aujourd’hui de graves problèmes, qui mettent réellement en péril l’Etat de droit», soulignait la commission en avril, sans exclure qu’ils «soient liés à l’existence de protections». (Reuter)56


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