C’est sa vie qui a valu à Thérèse de Lisieux le titre de Docteur de l’Eglise. Oui, c’est pour avoir réussi sa vie et surtout, d’une certaine façon, sa mort que Thérèse de Lisieux est docteur. C’est pour avoir su franchir avec une foi héroïque ces redoutables rapides que sont les derniers jours, les dernières heures, «sur terre». «Ne vante le bonheur de personne avant sa fin», dit le Livre des proverbes. C’est bien cela.
Mais morte, Thérèse a plus que jamais les pieds sur terre. C’est ainsi parce qu’elle l’a voulu. Cela fait partie de sa «doctrine». Elle a voulu «passer son ciel à faire du bien sur la terre». Et a réussi à devenir l’une des saintes les plus populaires de l’Eglise. Et que l’on sache bien qu’en cela, ce sont les actes, et non la réputation de sainteté qui compte. Si son intercession n’était pas si efficace, la loi de l’oubli aurait depuis longtemps fait son œuvre.
Mais non! Les jeunes générations continuent d’invoquer Thérèse de Lisieux. Sa «petite voie» lui a valu le titre de «Docteur de l’Eglise». C’est quoi, cette voie? C’est celle de la sainteté ordinaire, de la sainteté à la portée du premier venu. Mais attention, il n’y a pas de sainteté au rabais. Il n’y en a qu’une, à laquelle Thérèse a réussi à parvenir par une voie facile. Ce qui ne signifie pas bon marché, sinon au sens spirituel du terme. En ce sens, Thérèse a réussi à acheter beaucoup avec très peu, elle a eu l’audace de négocier — oui, négocier — avec Dieu une petite voie bien rapide, en donnant une grande valeur à de petits actes. Thérèse s’endormait souvent, durant ses heures d’oraison, et avait le plus grand mal à réciter le rosaire. Mais ce qu’elle faisait, Thérèse le faisait avec intention, au sens ou Dieu étant Amour, il est donc avant tout intention, mouvement vers, extériorisation. Voilà la petite voie.
Dans un effort pour définir ce qu’est un «développement humain durable», le Programme de développement des Nations Unies a développé la notion de «pauvreté humaine». Pour le PNUD, la «pauvreté» ne se limite pas à la seule pauvreté monétaire, mais tient compte de critères tels que le niveau d’éducation, la qualité de vie, la liberté politique et les droits de l’homme, et enfin le respect de la personne et d’autrui. On pourrait aisément ajouter à ces critères le respect de la vie, la notion de sens de la vie et, pourquoi pas, la sainteté. Comme développement humain, quoi de plus durable?
Morte de tuberculose à 24 ans, dans un coin perdu de France, Thérèse de Lisieux jouit aujourd’hui d’une notoriété mondiale. Patronne de la France, avec Jeanne d’Arc, patronne des missions, elle qui n’a jamais quitté son cloître, «Docteur de l’Eglise». A ces titres de gloire, on pourrait en ajouter un, qui n’est pas rien. Sur son lit de souffrances, deux ou trois mois avant sa mort, Thérèse de Lisieux a vaincu la terrible tentation de mettre fin à ses jours. Elle en a fait la confidence à sa supérieure, lui affirmant qu’il ne faudrait jamais laisser de médicaments dangereux à portée des grands malades. Pour ceux qui ont perdu, de la sorte, un être cher, comme pour tous ceux qui sont tentés de quitter avant l’heure, la vie, la compassion et l’intercession de Sainte Thérèse de Lisieux sont autant de raisons d’espérer.
Il faut lire Thérèse de Lisieux. Ses «œuvres complètes» sont en librairie, les plus importantes étant accessibles en livres de poche, à la portée des petits budgets, au propre comme au figuré. On peut compter aussi sur les irréprochables ouvrages biographiques écrits par Mgr Guy Gaucher, évêque de Lisieux.
Fady NOUN


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