Les compagnies pakistanaises fabriquant les dizaines de millions de ballons de football que vendent ensuite, à travers le monde, les multinationales de l’équipement sportif, veulent supprimer le travail des milliers d’enfants qu’elles emploient pour couper court à un éventuel boycottage à un an du Mondial-98.
Une année de Coupe du monde est, en effet, faste pour les fabricants de ballons ronds de Sialkot qui fournissent les grandes marques (Adidas, Nike, Decathlon, Puma, etc.). En 1993-1994, à l’occasion de la Coupe aux Etats-Unis, 35 millions de ces articles y ont été fabriqués, alors qu’en année normale la production tourne autour de 20 millions d’unités.
Pourquoi Sialkot — petite ville poussiéreuse et sans charme du nord de la province du Pendjab — est devenue la capitale mondiale de la fabrication de ballons demeure mystérieux, cette localité, posée sur une plaine où pousse le fameux riz basmati, étant enclavée, loin de tout: la route qui y mène est dans un état lamentable et il n’y a pas d’aéroport.
A la veille de la Conférence internationale d’Oslo sur le travail des enfants (fin octobre) sous l’égide du Bureau international du travail (BIT), les riches hommes d’affaires sialkotis retiennent leur souffle. Réunis dans les confortables salons de la Chambre de commerce et d’industrie de la cité, à l’intérieur d’un immeuble flambant neuf, copie miniature de la Maison-Blanche à Washington, ils craignent un boycottage pour cause de recours au travail des enfants.
Car, jusqu’à maintenant, les «petites mains» ont été très prisées pour coudre différents éléments de cuir (de plus en plus rare) ou de matériaux composites qui forment l’enveloppe extérieure du ballon.
Plusieurs milliers d’enfants de 5 à 14 ans — 7.000 environ, selon le BIT qui a mené une enquête en 1996 — font ainsi jusqu’à huit ou neuf heures de couture par jour, parfois dans des ateliers, mais le plus souvent chez leurs parents.
Payés de 20 à 45 roupies (1/2 à 1 dollar) par ballon selon sa qualité (standard ou professionnelle), ces enfants gagnent en moyenne 800 roupies par mois (18 dollars). Pour la plupart, ils ont abandonné l’école, souvent sous la pression des parents, et sont employés par des sous-traitants locaux répartis dans les villages autour de Sialkot.
Ils sont, toutefois, minoritaires dans cette production, la couture des différents éléments qui doit être très tendue pour les ballons de qualité professionnelle — comme ceux de la prochaine Coupe — exigeant une force que les plus jeunes n’ont pas.
Et si ce travail est harassant, il est sans danger direct notable, à l’inverse d’autres secteurs utilisant des enfants. Ainsi, ceux qui s’usent dans les ateliers sordides des fabricants de tapis, ou les briqueteries artisanales, tout comme ceux qui sont affectés à la confection de pétards ou d’allumettes, ou à la récupération de matières dangereuses (huiles de voiture, déchets hospitaliers), risquent bien plus.
Sans parler des travaux agricoles sous lesquels ploient des centaines de milliers d’enfants.
Certes, une loi interdit le travail des moins de quatorze ans au Pakistan. Mais ils sont près de quatre millions à être exploités à temps plein, certains jusqu’à 56 heures par semaine, et sans doute plus nombreux encore à temps partiel.
A Sialkot et dans ses environs, il est toutefois impossible de les voir à l’œuvre: dès qu’arrive un étranger, les portes se ferment, les visages également.
Malgré tout, 27 entreprises représentant plus de 80% de la production de ballons ont signé avec le BIT un accord, entré en vigueur le 1er octobre, pour éliminer en 18 mois le travail des enfants. (AFP)


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