Une polémique a éclaté samedi sur l’attribution du prix Nobel de physique au Français Claude Cohen-Tannoudji et aux Américains Steven Chu et William Phillips, des chercheurs russes affirmant avoir obtenu et publié dès 1986 les mêmes résultats que les récipiendaires.
Selon «Kommersant», quotidien des affaires de Moscou, une équipe dirigée par le Pr Vladilen Letokhov a effectué, il y a dix ans à l’Institut de spectrologie de l’académie des sciences de Russie, les mêmes travaux sur l’utilisation du laser pour le refroidissement des gaz que ceux qui ont été récompensés mercredi à Stockholm.
«Nous avons obtenu les mêmes résultats», a déclaré au journal le Dr Vladimir Minoguine, membre de l’équipe Letokhov. Selon lui, ces résultats ont été publiés «en 1986 sous le titre «Pression des radiations laser sur les atomes»», et «ont été traduits en anglais et publiés en 1987 aux Etats-Unis par l’éditeur Gordon et Breach».
L’ouvrage «donnait un schéma de l’appareil expérimental utilisé par les lauréats du prix Nobel» de physique 1997, a ajouté le chercheur russe.
Interrogé dans la capitale suédoise par l’agence suédoise TT, le comité Nobel a vigoureusement rejeté ces critiques. «Nous étions au courant des travaux russes, mais ils n’étaient pas aussi élaborés que ceux des récipiendaires», a déclaré Bengt Nagel, président du comité pour les sciences physiques.
Les trois lauréats français et américains ont été récompensés pour «le développement de méthodes de refroidissement et de capture des atomes par la lumière laser qui ont largement contribué à augmenter les connaissances sur les rapports entre radiation et matière», selon les attendus du jury Nobel.
Le Pr Cohen-Tannoudji, 64 ans, est membre du Collège de France à Paris, le Pr Chu, 49 ans, enseigne à l’université Stanford (Etats-Unis), tandis que le Pr Phillips, 49 ans, est membre de l’Institut américain des standards et technologies de Gaithersburg (Etats-Unis).
«Kommersant» cite également plusieurs chercheurs russes de haut niveau accusant de parti pris le comité Nobel qui, selon eux, avantagerait systématiquement les Occidentaux au détriment des Russes.
Bengt Nagel a rejeté ces accusations. «Je comprends les protestations des Russes», a-t-il dit. «Ils ont actuellement d’énormes difficultés, et un prix Nobel pourrait les aider dans la poursuite de leurs recherches», a-t-il ajouté.
«Mais les travaux qui nous sont soumis sont examinés par un comité d’experts extrêmement compétents, et il est faux de dire que nous avantageons les Occidentaux par rapport aux Russes», a-t-il dit.
Cohen-Tannoudji est le onzième lauréat français d’un prix Nobel de physique, tandis qu’il s’agit des 64e et 65e prix attribués à des Américains dans la spécialité.
Des chercheurs de l’ex-Union soviétique et de la Russie ont obtenu le prix à sept reprises, dont la dernière fois en 1964 lorsqu’il a été décerné à Nicolaï Basov et à Alexandre Prokhorov, de l’Institut Lebedev de Moscou, pour des travaux sur l’électronique quantique.
Les Etats-Unis ont dominé la «saison Nobel» 1997 en remportant, parfois avec des colauréats, cinq des six prix attribués. Au total sept Américains ont été distingués en médecine, paix, économie, physique et chimie, contre un Italien (littérature), un Français (physique), un Britannique et un Danois (tous deux en chimie).
Le prix de physique, assorti d’un chèque d’un montant record de 7,5 millions de couronnes suédoises (un million de dollars), sera remis à Cohen-Tannoudji, Chu et Phillips le 10 décembre, date-anniversaire de la mort d’Alfred Nobel, par le roi de Suède Carl XVI Gustaf à Stockholm. (AFP)


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