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Actualités - Chronologie

Le réveil du clivage droite-gauche

Le tempo décidé par le gouvernement français pour la marche aux 35 heures —une loi-cadre et une date-butoir, l’an 2000 — réveille le clivage entre une gauche qui réclame de l’audace dans la lutte contre le chômage et une droite qui dénonce un choix «politicien».

Un échange sur le plateau de «Polémiques», sur France-2, a donné une idée de l’état d’esprit dans les deux camps.
Robert Hue, secrétaire national du Parti communiste, a pris à partie l’économiste Alain Minc: «ça fait longtemps que vous êtes bardé de certitudes et que ça ne fonctionne pas quand même»!.
«Ce sont les certitudes du monde entier et vous êtes en train d’inventer le socialisme dans un seul pays», a répliqué son interlocuteur.
«Ne ne crois pas et (...) il faut bien laisser à la gauche, à ceux qui font ces propositions, conformes aux engagements pris, le soin de les mettre en œuvre et je crois que ça peut fonctionner», a riposté le patron des communistes français.
Depuis que Lionel Jospin a achevé vendredi la conférence nationale sur l’emploi, les salaires et le temps de travail en annonçant le dépôt, dès le début de 1998, d’un projet de loi fixant l’objectif de la durée légale à 35 heures au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de 10 salariés, le patronat et l’opposition de droite sont vent debout.
Un sondage Ifop, publié par «Le journal du Dimanche», est venu nourrir les arguments des partisans mais aussi des adversaires des 35 heures.
Selon cette étude, 63% des 802 personnes interrogées approuvent la décision du premier ministre mais, dans le même temps, elles sont 56% à douter de son efficacité pour faire baisser le chômage.
Dès vendredi, Jean Gandois, président du CNPF, a déterré la hache de guerre contre le gouvernement. Il s’est dit «berné» puis «déçu» et«triste» et a annoncé que l’organisme patronal boycotterait en représailles les négociations interprofessionnelles.
Dans les colonnes du «Journal du Dimanche», Bernard Boisson, vice-président de la commission sociale du CNPF, a dénoncé «une erreur profonde», «une décision purement technocratique, politique, voire idéologique qui n’a aucun rapport avec la réalité».
«Cette opération est un véritable défi au bon sens. Comment imaginer qu’en l’an 2000, dans la compétition actuelle, les Français auront dix semaines de congés payés! C’est tout à fait déraisonnable», dit-il.
L’opposition de droite a volé au secours du patronat.
Jean-Louis Debré, président du groupe RPR de l’Assemblée, a jugé que «les socialistes retrouvent ce qu’ils aiment, dresser les catégories de Français les uns contre les autres».
Dominique Perben, ancien ministre RPR d’Alain Juppé, a estimé qu’«il y a incontestablement unsuccès politicien pour Lionel Jospin car il a conforté sa majorité» mais aussi «un échec politique parce qu’un sommet social, ça a pour objectif qu’on avance dans les possibilités de dialogue social». «Or le bilan de vendredi, c’est que le dialogue social sera plus difficile demain», a-t-il dit.
Le député UDF Gilles de Robien, auteur de la loi sur la réduction du temps de travail votée par l’ancienne majorité de droite, a renchéri en affirmant que «le grand échec de vendredi, c’est que les employeurs, qui sont quand même indispensables pour créer des emplois, sont partis mécontents».
«Quand on prône le dialogue et qu’on piège l’un des partenaires, je pense qu’on fait une mauvaise action contre l’emploi», a-t-il dit avant de dénoncer le principe même d’une loi-cadre et d’une date-butoir, jugé «anti-économique et anti-social».
Face à cette levée de boucliers, le gouvernement a joué l’apaisement. Tout en s’appuyant sur un front politique et syndical dont l’unité a été soulignée dimanche par François Hollande, premier secrétaire délégué du Parti socialiste. «C’est suffisamment rare cette unité syndicale pour qu’on voit bien que, là, il y a un changement de climat», a-t-il dit.
Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité, a affirmé au «Journal du Dimanche» qu’elle n’entend pas «faire les 35 heures en l’an 2000 contre les entreprises».
«Personne ne souhaite compromettre la compétitivité des entreprises et donc la croissance économique par des mesures trop générales et trop rapides (...). Je suis désolée qu’une partie du patronat ait une approche plus idéologique qu’économique de cette question des 35 heures (...). Nous avons lancé vendredi un processus très pragmatique et souple, avec des clauses de rendez-vous», a-t-elle souligné.
«Je fais confiance à la négociation, aux chefs d’entreprise», a renchéri François Hollande, sur France-2.
Nicole Notat, secrétaire général de la CFDT, a estimé, également dans les colonnes du «JDD», que la France «joue aujourd’hui un rôle de locomotive» et a appelé le patronat à «laisser la colère retomber».
Robert Hue s’est dit, lui, «choqué» par l’attitude du CNPF. «Je vois le patronat qui s’affole. Le patronat considère toujours une avancée sociale comme un tremblement de terre, on a toujours vu ça», a-t-il ironisé sur France-2.
Le secrétaire national du PC a appelé «les syndicats, les salariés et les citoyens» à se mobiliser. «C’est une porte ouverte, maintenant, vu l’attitude du patronat, (...) il faut mettre le pied dans la porte et intervenir pour faire avancer les négociations», a-t-il dit.
Le député socialiste Julien Dray, qui était l’invité de Radio-J, a lui aussi jugé que «la bataille ne fait que commencer». (AFP)





Le tempo décidé par le gouvernement français pour la marche aux 35 heures —une loi-cadre et une date-butoir, l’an 2000 — réveille le clivage entre une gauche qui réclame de l’audace dans la lutte contre le chômage et une droite qui dénonce un choix «politicien».Un échange sur le plateau de «Polémiques», sur France-2, a donné une idée de l’état d’esprit dans les deux camps.Robert Hue, secrétaire national du Parti communiste, a pris à partie l’économiste Alain Minc: «ça fait longtemps que vous êtes bardé de certitudes et que ça ne fonctionne pas quand même»!.«Ce sont les certitudes du monde entier et vous êtes en train d’inventer le socialisme dans un seul pays», a répliqué son interlocuteur.«Ne ne crois pas et (...) il faut bien laisser à la gauche, à ceux qui font ces propositions,...