Devant cette situation, nombre d’opérateurs ont estimé devoir se retirer du marché, optant pour le «wait and see» pendant que d’autres préféraient s’approvisionner en dollar pour les besoins de leur commerce ou de leurs autres affaires en dehors de leurs propres avoirs en cette monnaie. Il en a résulté une certaine contraction de la demande du «billet vert» à un moment où son offre tendait à disparaître, faisant de la BDL le principal «vendeur» afin de satisfaire tous les besoins du marché en cette devise. Par cela, la situation technique des échanges continuait donc à être gouvernée par cet organisme qui tient toujours à sa politique de stabilité monétaire. En effet, le dollar est resté confiné au sein de la fourchette élargie d’intervention de la BDL pour fluctuer pratiquement aux alentours du haut de cette fourchette dans une marge très étroite.
Venant ainsi de 1528,-1538,- L.L. et d’un taux moyen indicatif de 1533,- L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 3 octobre, le «billet vert» est revenu à la fin de la semaine dernière à 1527,50/1537,50 L.L. et à un taux moyen indicatif de 1532,50 L.L., opérant un léger repli de 0,03% en moyenne, correspondant au taux d’appréciation de la livre pendant la même période. Ce mouvement est intervenu, comme toutes les semaines, après que la BDL eut procédé à l’abaissement de son taux d’intervention à la vente du dollar, mardi dernier, de 1538,- à 1537,50 L.L., puis de son taux d’intervention à l’achat, jeudi dernier, de 1528,- à 1527,50 L.L..
Mais, dans cette évolution, force est de reconnaître que le dollar continuait à être pratiquement négocié, dans les échanges interbancaires, bien au-dessus de ce taux moyen indicatif et plus précisément au point supérieur d’intervention de la BDL, soit entre 1537,50 et 1538,- L.L., sans trouver généralement de contreparties à la vente en dehors d’elle, témoignant de la propension du marché à la demande plutôt qu’à l’offre en raison des incertitudes, sinon des inquiétudes politiques prévalant dans le pays en cette période.
Sous le signe des
craintes inflationnistes
à l’étranger
A l’étranger, les marchés internationaux des changes ont fonctionné, la semaine dernière, sous le double effet de la mise en garde lancée par le président de la Réserve fédérale américaine (FED), Alan Greenspan, contre une prochaine résurgence des tensions inflationnistes, et de la décision-surprise de la Bundesbank de relever un de ses trois taux directeurs, le «repo rate», maintenu en l’état depuis août 1996, de 3,- à 3,30%. En outre, les statistiques américaines et le dossier du commerce automobile entre les Etats-Unis et le Japon devaient aussi avoir leur part dans la détermination de la tendance du dollar face aux autres grandes monnaies.
De fait, les déclarations d’Alan Greenspan devant la commission budgétaire de la Chambre des représentants au Congrès sont venues indisposer les marchés dès mercredi dernier en mettant en doute la durabilité d’une expansion économique et d’une croissance de l’emploi non-inflationnistes aux Etats-Unis. En effet, l’incertitude quant à l’évolution des taux d’intérêt américains est devenue le nouveau mot d’ordre sur les marchés, les frappant d’hésitation. Cela d’autant que la décision de la Bundesbank de prendre les marchés de court, jeudi dernier, en relevant inopinément son «repo rate» devait porter l’attention à nouveau sur l’orientation de la prochaine politique monétaire de la FED en donnant plus d’actualité aux statistiques périodiques américaines qui sont censées préfigurer les tendances inflationnistes de l’économie.
C’est pourquoi, après la mise en garde de Greenspan et le relèvement des taux de prises en pension aussi bien en Allemagne qu’en France, en Belgique et aux Pays-Bas, l’attention des opérateurs s’est portée sur les prix à la production aux Etats-Unis, lesquels auraient progressé de 0,5% le mois dernier (soit la hausse la plus forte depuis décembre 1996) contre 0,3% en août, reflétant des signes inflationnistes devant contraindre la FED à relever le taux des fonds fédéraux (Fed Funds) lors de la prochaine réunion du comité de l’open market en novembre. Ce sentiment a été renforcé par la diminution de quelque 5000 personnes du nombre des demandeurs d’allocations-chômage au courant de la première semaine d’octobre, témoignant de nouvelles créations d’emplois non agricoles dues à l’accélération de la croissance de l’économie américaine génératrice d’inflation.
Eu égard à toutes ces considérations, et compte tenu de la crise politique frappant l’Italie après la démission du premier ministre italien Romano Prodi, et aussi de l’échec des négociations sur le commerce automobile entre Washington et Tokyo, laissant craindre, d’un côté, des perturbations au niveau du lancement de l’euro, et de l’autre, un recours par les Américains à l’arme des taux de change pour régler leurs conflits commerciaux avec les Japonais, le dollar devait éprouver beaucoup de difficultés à s’engager dans une direction précise. En attendant ainsi les chiffres des prix à la consommation et des ventes de détail aux Etats-Unis en septembre, devant paraître cette semaine, et le développement de la crise italienne et la façon dont sera examiné le dossier commercial nippo-américain, le «billet vert» s’est donc négocié à la baisse, la semaine dernière, sauf contre le franc suisse initialement affecté par la hausse des taux d’intérêt en Europe, surtout en Allemagne. Il a clôturé, vendredi dernier, à New York, en comparaison avec sa clôture du vendredi 3 octobre, comme suit:
— 1,6225 pour un sterling contre 1,6155, en baisse de 0,43%.
— 1,7485 D.M. contre 1,7570, en baisse de 0,48%.
— 5,8685 F.F. contre 5,9040, en baisse de 0,60%.
— 1719,25 lires contre 1722,-, en baisse de 0,16%.
— 119,80 yen contre 122,05, en baisse de 1,84%.
— 1,4540 F.S. contre 1,4475, en hausse de 0,45%.
Baisse de l’or
N’ayant pas pu mettre à profit les incertitudes politiques en Europe, illustrées par la crise italienne, et monétaires, après les propos de Greenspan sur les risques inflationnistes, les marchés des métaux précieux ont subi la pression de quelques ventes bénéficiaires au lendemain de leur récente ascension du début du mois. C’est ainsi que la parité de l’or est tombée, à New York, vendredi dernier, à 328,90 dollars l’once contre 334,60 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 3 octobre, en baisse de 1,70% en moyenne.
Par sympathie, l’argent-métal s’est déprécié aussi, reculant à New York, vendredi dernier, à 5,16 dollars l’once contre 5,2620 dollars, au vendredi 3 octobre, en baisse de 1,94% en moyenne.
Elie KAHWAGI

