Le choix de l’Afrique du Sud comme première étape de ce voyage de trois jours sur le continent, qui mènera M. Védrine de l’Afrique du Sud en Ethiopie avant la Côte d’Ivoire, se veut exemplaire de la nouvelle orientation d’une politique africaine de Paris qui va tenter de se hisser au niveau continental et échapper ainsi au seul «pré carré» des pays francophones.
«Il s’agit de la reconnaissance de l’importance du rôle de l’Afrique du Sud, politique et économique, sur le continent», explique l’ambassadeur de France à Pretoria, Tristan d’Albis.
M. Védrine doit notamment prononcer un discours au Cap devant la commission des Affaires étrangères du Parlement sud-africain. Il évoquera à cette occasion la relance du dialogue politique entre les deux pays, les relations bilatérales, la coopération en Afrique et la résolution des crises qui, encore récemment, ont vu Paris et Pretoria développer des actions antagonistes.
Ainsi, au cours de la dernière grande crise qui a secoué le continent en 1996 et 1997, la guerre au Zaïre, Paris et Pretoria se sont retrouvés dans des camps opposés.
Lorsque Nelson Mandela apportait sa médiation, tout en soutenant l’évidente victoire en marche de Laurent-Désiré Kabila jusqu’à Kinshasa, le ministre français des Affaires étrangères d’alors, Hervé de Charette, déclarait que seul le général Mobutu Sese Seko, malade et détesté par les Zaïrois, hors son clan corrompu, représentait le salut de son pays.
Revers
L’Afrique du Sud, tout en jouant sa propre carte diplomatique, se positionnait dans le camp des pays anglophones, frontalement opposés à la France.
Cette action diplomatique, à laquelle le président Mandela consacre l’essentiel de son temps avec peu de résultats pour l’instant, se déploie tous azimuts, au Rwanda, Soudan, Nigeria ou Angola.
Paris de son côté a additionné une série de revers dans les derniers mois, tant au Rwanda, au Zaïre qu’au Congo-Brazzaville. La France, qui tente de sortir de son «pré carré», de diversifier et de «globaliser» sa politique afin de contrecarrer l’influence américaine grandissante considère Pretoria comme un important allié potentiel sur le plan politique.
Economiquement, Pretoria commence à pénétrer les marchés africains francophones, et, là encore, Paris préfère coopérer avec la puissance montante africaine que s’opposer à elle.
«Nous souhaitons des investissements sud-africains dans les pays francophones et nous faisons le pari de l’après-Mandela. Nous disons aux investisseurs: venez en Afrique du Sud avant que les Américains ne prennent tout», précise l’ambassadeur de France à Pretoria.
Pour Paris, le développement de l’Afrique du Sud est bon «pour l’ensemble de l’Afrique».
La France va jouer également une carte importante avec le prochain renouvellement du matériel militaire sud-africain.
L’armée sud-africaine est équipée pour plus de la moitié de matériel français, mais celui-ci a vieilli et, pour le remplacer, la France se retrouve en concurrence avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, mais aussi le Brésil et l’Italie. Le marché porte sur plus de 12 milliards de rands (environ 2,5 milliards de dollars) mais, selon le journal local The Star de mardi, Pretoria a l’intention de demander un délai de grâce de quatre ans pour le début du paiement. (AFP)

