M. Papon, aujourd’hui âgé de 87 ans, doit répondre de son rôle dans l’organisation de convois ferroviaires ayant envoyé vers les camps de la mort hitlériens plus de 1.500 juifs de cette région entre 1942 et 1944, alors qu’il était secrétaire général du département de la Gironde, chargé à ce titre des «questions juives».
Conformément à la loi française, cet ancien commis de l’Etat rattrapé sur le tard par son passé — il fut longtemps après guerre préfet de police de Paris, sous la présidence de Charles de Gaulle, puis ministre du Budget, sous celle de Valéry Giscard d’Estaing (droite libérale) — devait se constituer prisonnier en fin de journée mardi, à la veille de l’ouverture de son procès, prévue mercredi après-midi.
Il devait être interné dans une cellule individuelle normale, à l’écart des autres détenus, a-t-on précisé au ministère de la Justice à Paris.
Compte tenu de son grand âge et du fait qu’il a subi l’année dernière un triple pontage coronarien, il sera immédiatement examiné par un médecin, et fera l’objet d’un «suivi médical soutenu», avec la mise en place de rondes fréquentes durant la nuit, a-t-on précisé de même source.
M. Papon, qui se considère comme un «bouc émissaire» et entend bien défendre son «honneur», passera au moins 24 heures en prison, avant que la Cour d’assises statue sur une demande de mise en liberté que ses avocats ont l’intention de déposer pour la durée de son procès, programmé jusqu’à décembre.
De son acceptation dépend, selon eux, la tenue d’un «procès équitable» et la «participation active» ou non de M. Papon aux débats.
Certains avocats représentant des familles de victimes ont publiquement soutenu la demande de mise en liberté, soulignant la nécessité que l’accusé s’explique bien devant les magistrats et jurés sur son rôle présumé dans ces déportations de juifs.
D’autres ont estimé en revanche que M. Papon était un justiciable comme les autres, devant lequel la justice n’avait aucune raison de dérouler un tapis rouge. Cette première décision s’annonçait difficile pour la Cour, compte tenu de la gravité des accusations portées contre lui.
L’ancien premier ministre de droite, Alain Juppé, député-maire de Bordeaux, attend pour sa part de ce procès placé sous haute surveillance policière «la vérité sur une époque» car «en toute circonstance, il faut qu’un peuple soit capable de se regarder en face». (AFP)


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